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Tout ça, c’est encore la faute à la crise...

Les Apparences
Gillian Flynn traduite par Héloïse Esquié
Sonatines 2012


Nick et Amy se sont rencontrés à l’orée de leur trentaine. Jeunes New-Yorkais branchés, lui, journaliste culturel, elle inventant des tests à la noix pour des revues féminines. Mariés, heureux... au début. Frappés de plein fouet, chacun leur tour, par des vagues de licenciements, ils sont partis vivre dans le Missouri, pour le plus grand déplaisir d’Amy. Nick enseigne vaguement le journalisme dans sa ville natale, tout en tenant un bar avec sa sœur jumelle « Go ». Amy joue pendant ce temps à la parfaite femme d’intérieur.
Amy, il faut le dire, sait ce qu’est la perfection. Elle a eu la grande chance d’être affublée d’un couple de parent psychologues, écrivains pour enfants, dont l’héroïne récurrente est « l’Épatante Amy » parfaite en tout. L’on verra par la suite dans le roman que cela vous grille assez sérieusement les neurones.
Un matin, précisément celui de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparait. Nick, paniqué, non seulement se retrouve assez vite soupçonné de son meurtre par la police, mais aussi et surtout devient la victime d’un véritable lynchage médiatique. À l’américaine : les journalistes hurlant à sa porte, le poursuivant dès qu’il sort de chez lui, fouillant le moindre recoin de sa vie privée.
Le plus insignifiant des incidents de sa vie de couple va se trouver disséquer. Inévitablement, les multiples cachotteries, tromperies et mensonges anodins inhérents à toute vie maritale vont émerger, puis enfler au point de menacer sérieusement la liberté de Nick.
Est-il, comme il le prétend, victime d’une effroyable machination ? Est-il juste un être minable ? Un mari violent, volage ?

Après la gravité de ses précédents romans traduits en France, Gillian Flynn se livre ici à un exercice cynique et brillant. Ses personnages sont fouillés, c’est un euphémisme, fouillés jusqu’au plus secret. Et les « bons » n’échappent pas à la noirceur tandis que les « méchants » sont tout aussi dignes de pitié.
Ce roman est avant tout une fable brillante sur les grands dangers qu’il y a, dans un couple, à refuser l’apparence que présente l’autre, à vouloir « savoir » et surtout, maîtriser. Le prix à payer est invariablement la mort de ce qui parfois, fait la magie d’une alchimie unique.
Ici, on l’apprend dans un suspens malin à deux voix, parfois vraies, pitoyables, parfois fausses, quelquefois drôles...
Pas grand monde ne s’en sort, et pourtant Gillian Flynn arrive à nous divertir avec cette fable impitoyable.

Ce roman vient de recevoir le Prix des lectrices du magazine « Elle ». Cela figurait notamment dans les lignes d’un jeune journaliste de « Actualitté », quotidien dédié à la littérature, et à ses évolutions numériques. Il y avait de quoi se mettre en rogne : ce jeune homme n’a guère de considération pour les ménagères lectrices de polar. Il a tort. Si ce roman ci ne s’élève pas à la hauteur tragique de « Les Lieux Sombres », inoubliable précédent roman de Flynn , il aurait beaucoup à apprendre à certains auteurs de « blanche » perdus dans des développements filandreux et poussifs copiés de la réalité, sans originalité créative, et encore récemment condamnés par la XVIIème chambre de Paris.

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