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Chroniques d'Elles : pour la bonne bouche je vous livre une des micro nouvelles réunies sous ce titre.
Une ambition, parler des femmes. De leur vie, de leur quotidien, de leurs émotions.  Quelques uns de ces portaits paraitront prochainement dans un recueil collectif. J'en ai réuni une poignée sous le titre :  "portraits en touches de gris avec une pointe de rouge".

Ni noir, ni polar, ... gris foncé.

Elle est belle-mère

Elle voit approcher le samedi avec chaque fois plus de répugnance.

Heureusement, ce n’est qu’un week-end sur deux.

Quand il pense qu’elle ne le voit pas, le gamin la regarde en coin. Qu’est-ce qu’il croit ?

Son père avait déjà divorcé quand elle l’a rencontré. Peut-être que le gamin pense que c’est de sa faute à elle s’il a deux chambres, des jouets partout et qu’il est deux fois plus gâté qu’il ne le devrait ? Des cadeaux à son anniversaire, à Noël, comme s’il était le prince du monde.

Lui, le père, crève de culpabilité. C’est évident. Appeler tous les jours à l’heure du retour de l’école pour savoir ce que le gamin a fait de sa journée… Tous les mercredis, aller faire les devoirs avec le « petit ».

Puisque c’était ce qu’on attendait d’elle, au début elle a montré combien elle trouvait ça attendrissant. Combien c’est beau ! ce père qui refuse de faire porter le poids du divorce sur les épaules de son enfant. Aujourd’hui elle s’arrange pour être dans une autre pièce quand il s’y trouve.

Il la surveille, c’est clair. Dès qu’elle s’approche du père, il réclame : il s’ennuie, il a soif, mal quelque part …

Pendant la semaine de Noël, cette fausse crise d’appendicite, le père qui revient, toute affaire cessante, abandonnant le chalet délicieux, la cheminée, le sapin. Soi-disant pour vingt-quatre heures, et qui finalement ne revient pas : le petit souffre, on ne sait pas ce qu’il a.

Pourquoi devrait-elle l’aimer ? Ce n’est pas son enfant ! Elle voit tous ses défauts, et ses stratagèmes, décrypte ses manœuvres…

Carrément diabolique. Dorénavant, ils ne font plus l’amour quand il est là. Il a beau avoir sa chambre, le petit salaud débarque dans le lit chaque fois que son père la caresse, l’entreprend. Ils peuvent fermer la porte, elle peut retenir ses gémissements de désir, le môme débarque. Sans toquer bien-sûr. Comment, dans ces conditions, se détendre, se laisser aller au plaisir ?

Et à table ? La guerre larvée entre eux. Il doit manger des légumes, de la viande, des laitages ? Il refuse tout ce qu’elle cuisine et le père cède, ramène des cochonneries grasses et huileuses assorties de jouets stupides qu’il détruit aussitôt.

Ce poste en province qu’on vient de lui proposer ?

Elle y pense.

 

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