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Le mariage improbable de l'hiver et de la Corse

Le Cimetière des Chimères
Elena Piacentini
Éditions Au-delà du raisonnable 2013

Caresser des chimères, courir après des chimères…
Notre commissaire Leoni a pourtant les deux pieds bien ancrés dans la réalité. Et pour être plus précis, dans ce roman, ses boots sont plantées dans la neige qui couvre Lille, paralysant la ville. Mais les chimères, ce sont peut-être ces statues ornant les mausolées du cimetière de l’Est ?
Reprenons dans l’ordre, ce qui parait difficile.
On enterre un chef d’entreprise, un jeune loup aux dents longues, soudain si bien limées par la vie qu’il a choisi le suicide. À ses funérailles, le gratin de la ville, et notamment, un paquet de francs-maçons. Jusque là, on reste dans les clous. Mais voilà… Une tombe fraichement creusée devient rarement une scène de crime. Pour « corser » le tout, le témoin principal sera un chat. Et enfin, la neige va tout effacer, transformant cette enquête en glissade continue.
C’est la quatrième enquête du commissaire Léoni à laquelle nous convie Elena Piacentini. Et c’est encore mieux cette fois-ci. Je ne sais si elle me pardonnera cette comparaison, mais tant pis, cette idée s’est imposée et plus moyen de m’en défaire. Son commissaire Léoni prend autant d’épaisseur, d’humanité un peu décalée que le célèbre Adamsberg de Fred Vargas. N’y a-t-il que les femmes pour aimer ainsi les cabossés de la vie, pour nous faire partager leurs rêveries parfois douloureuses ?
Ici, douleur maternelle, inquiétude grand-maternelle, amour paternel et tension charnelle se partagent les pages de ce roman chaleureux, profondément humain, pétri d’odeurs de cuisine et de précisions bancaires. Car, bien-sur, on en revient toujours au nerf de la guerre, celle que se mènent les hommes (et un peu les femmes) pour dominer le monde.
Alors, entre une belle description du Nord enfoui dans l’hiver, une recette de gâteau, l’enquête suit son cours, rythmée comme il le faut, avec des quelques scènes d’action pimentant plus qu’habilement le tout. Les millions après lesquels certains courent et qui n’ont de réalité que sur les lignes des ordinateurs finissent par se payer par le prix du sang, et si le roman navigue parfois dans une dimension rêveuse, Leoni et son inénarrable équipe savent aussi déchiffrer les lignes de chiffres des bilans. Dans ce déballage sordide des intérêts égoïstes, le regard chaleureux d’Elena Piacentini fait du bien.

On souhaite que sa plume ne se lasse jamais de marier le Nord et le Sud.

Tag(s) : #critiques

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