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Les Enfants de Lilith
Laurence Biberfeld
Éditions Au-delà du raisonnable

C’est chez les petits éditeurs (par la taille, pas par le talent) qu’il faut aller chercher l’audace et la surprise. En effet, étrange et troublant roman que ces « Enfants de Lilith ».
Lilith, dans la Bible comme dans la Kabbale est la femme révoltée, celle qui ne se laisse pas intimider par l’homme, qui refuse des enfants à Adam, qui n’obéit ni à son créateur ni à son époux. Souvent, Lilith est aussi le symbole de la femme insatiable, du démon sexuel pervertissant.
Tout le roman de Laurence Biberfeld s’appuie sur un trio étrange, bancale, sorte de « Trois grâces ». Il y a la flic, bourgeoise réfugiée dans le déni, tristement éloignée de tout amour. Il y a la tzigane à l’âge incalculable, porteuse de toute l’histoire de son peuple depuis sa fuite de l’Inde et ses innombrables migrations. Il y a, enfin, la vieillarde symboliquement sorcière buveuse de sang, ancienne profiteuse de camp d’extermination, sans foi, sans loi, sans cœur, sauvegardée par sa richesse et sa vieillesse.

Autour de ce trio étrange, des enfants. Des masses d’enfants. Ceux qui habitent les loques de la vieille tzigane, celle qui échappe à l’immonde sorcière, ceux que cherche la flic.

Le roman de Laurence Biberfeld avance comme une « verdine », une roulotte tzigane. On ne va pas très vite, on emprunte volontiers les chemins de traverse, et on ne rencontre que l’inattendu.

À une époque où bien des romans sont écrits pour « vendre », celui-ci l’est pour le chant, pour la fête, pour le violon des proscrits. On entend dans la voix de cette écrivaine son amour pour les femmes meurtries, dominées, victimes sans cesse de l’oppression du destin, souvent incarnée par l’homme, pourtant tellement aimé.

Le fil narratif importe finalement peu, ce qui compte c’est la langue, c’est le bercement, la chaleur humaine et les chemins inattendus où vous emmènent cette étrange Lilith et ses enfants. Car eux, ils suivent, et solidement, une histoire ancrée dans leur culture.

 

Lecture numérique

Au rythme des chants tziganes
Tag(s) : #critiques

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