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 « Wisconsin »,

Mary Relindes Elis

traduit de l'américain par Isabelle Maillet

wiconsin.jpgéditions Buchet Chastel, 2007

432 pages, 22 €

 

 

Lectrice curieuse, et dotée d’un réseau d’amis lecteurs, je me suis retrouvée il y a quelques semaines avec « Wisconsin » dans les mains, chaleureusement recommandé. Premier roman, pas polar… Il a traîné un peu sur les rayonnages de mes bibliothèques. Ah ! quelle sotte j’étais de lui laisser prendre la poussière.

Heureusement que ma satanée curiosité l’a emporté. Que le week-end fut pluvieux… que de longues plages imprévues de paix me furent offertes…

J’ai choisi, une fois les premières pages goûtées d’un oeil prudent, de m’immerger, renonçant au reste.

Nous sommes dans les années soixante-dix. Une ferme perdue sur des terres pauvres du Wisconsin, très au nord, près du lac Supérieur. Le fermier, sa femme, son chien et ses deux enfants. Idyllique ? Oh ! que non. Le père est un alcoolique qui joint la méchanceté à la violence. On n'en mesure d’ailleurs l'ignoble profondeur, réellement , que tout à la fin. La mère parle à la terre, aux arbres, passe pour une folle, elle qui ne fait que s’accrocher pour lutter contre le désespoir. 

James, dit Jimmy, dit Elvis, s’engage pour échapper à l’emprise du père méprisé à qui il veut prouver qu’il est devenu un homme. Bill, le petit, lui est violemment attaché. Fragile, il trouvera des forces insoupçonnées pour résister à l’attente du retour de son frère, en compagnie d’une mère minée par l’absence du fils aîné. Les lettres arrivent du Vietnam, terribles.

Pourquoi personne ne vient-il en aide à cette femme couverte d’hématomes ? aux enfants vêtus comme des miséreux ? C’est que le malheur fait peur. Pourtant, dans la ferme d’à côté, on ouvre la porte aux garçons, on essaie d’adoucir le sort terrible qui est le leur. Mais, réfugiée dans sa dignité, il va falloir que le temps fasse son terrible office pour que la mère, Claire, tende enfin la main vers cette offre d’aide.

Le suspens est terrible, entretenu par la narration aux voix multiples. Jimmy reviendra-t-il du Vietnam ? Son souci constant de ceux qu’il a laissés, son refus d’une fin annoncée suffiront-ils pour le ramener ? Le père renoncera-t-il à la haine ?

 Mary Relindes Ellis évoque dans ce roman, par touches pleines de mystère et d’amour, le souffle des arbres, la richesse d’une vie animale dont les hommes sont si proches, et les esprits des défunts bercent leur infinie douleur dans ses lignes.

Symphonie naturelle, habité par l’amour, ce roman est une épopée intime, traversée de fulgurances de violence.Des images resteront, telles ces ombres qui parlent, ou ce chien sans doute habité par une âme étrange qui refuse de disparaître…

Tag(s) : #critiques

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