Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le plancher des Algues

Ed Krakoen

10 €, 241 pages WcouvPlancher 1 001

 

 

 

Commenter un livre, c’est, normalement, un exercice facile et plaisant. Risquer une interprétation. Faire partager ses enthousiasmes, faire découvrir, mettre un petit coup de projecteur sur un livre passé inaperçu dans le grand concert, pour ne pas dire la cacophonie médiatique : tout bonheur.

 

Mais là ! Secouée, assommée, quasi noyée par la déferlante Soloy.

 

Je ne donnerai pas ce livre à lire à ma môman… ni à mes enfants, peut-être à mon conjoint. Je choisirai soigneusement les amateurs de traitements forts appliqués à la langue qui sous la plume amoureuse (oui , oui… il y a des « plumes » de toutes sortes, je le sais bien) la fait geindre, crier, soupirer… Lui fait subir les derniers outrages et y revient, et elle adore ça, cette putassière qui se prête aussi bien aux poètes qu’aux négrières putains de la République.

 

C’est l’histoire d’un homme qui… Non. C’est l’histoire d’un voyage... Un voyage dans le labyrinthe pathologique, ô combien, des pensées du personnage central. Tueur d’une dynastie de femelles dont l’une a autrefois détourné le père des devoirs familiaux. Guidé par une mère pernicieuse, il tuera la maîtresse paternelle, puis la mère de celle-ci. Tuera-t-il aussi la fille ?

La femme, c’est la Verte, la mère, la Noire, la fille, flamboyante et insoutenable : la Rouge. Dans une mélopée hypnotique, Soloy nous convie aux débordements de passion, de pisse, de foutre, et son histoire commet une boucle hantée par la présence de la mer, soupe originelle à laquelle il renvoie sans cesse.

 

Est-ce une histoire de serial killer ? Sûrement pas. Ou alors, d’un sorte totalement unique. Ce n’est pas un roman pornographique, ou alors, dans le sens très noble du mot. Un conte crû, une fable incestueuse, avec des moments d’une beauté lancinante :

« Ils sont assis au bord du monde. Devant eux, une langue d’eau agonisante s‘accroche au grain du sable et meurt de mille éclats. Le ciel annonce des émergences bleues. »

On est ici dans la littérature de transgression, et on ne peut que convoquer Bataille, ou Sade, l’érotisme dans la morbidité, la poésie de l’infime…

 

wportraitsoloynetb 000Chemins littéraires bien inhabituels pour un « polar ».

Voilà pourquoi Krakoen existe. Pour permettre que vive un ouvrage comme celui-ci. Avec sa violence, ses insanités, sa perfection poétique, son obsession charnelle et scato démesurée, son lyrisme sexuel. Un livre comme je n’en ai lu aucun, une pépite unique, énorme, noire, un caillou géant aux facettes tranchantes comme le diamant.

 

 

 

 

Tag(s) : #critiques

Partager cet article

Repost 0