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desordre.jpgDésordre
Penny Hancok
Sonatines 2013

Tamasa, Tamise, le fleuve noir. Son souffle, ses couleurs, ses odeurs. Les marées, les courants, les dangers.
La maison de Sonia « Les Berges » vit au rythme du fleuve, comme une bonne partie de Londres. L’âme de Sonia, son histoire intime, affective, son passé familial, tout se rattache au fleuve, à la maison. Sauf que sa famille se ligue pour l’en faire partir, vendre les murs, les souvenirs, son passé. C’est intolérable pour cette femme qui manque si cruellement d’amour. Sa fille adulte est partie, son  mari est tout le temps absent et elle ne l’a jamais aimé. Quant à sa mère, elle n’en a jamais reçu la moindre tendresse.
Alors, lorsque Jez, neveu d’une amie, se présente à elle, Sonia titube littéralement sous l’éblouissement du souvenir. Et elle bascule.
Une folie tranquille, mais dont on sent très vite qu’elle va forcément déraper. Car cette obsession pour Jez n’est pas gratuite. L’esprit de Sonia n’est plus que la bille douloureuse d’un flipper émotionnel, rebondissant sur les souvenirs insupportables de la mort de Seb, l’année de ses seize ans. Et nous nous posons très vite cette question angoissante : jusqu’où Sonia va-t-elle se laisser entraîner dans le besoin déchirant de retrouver la perfection charnelle du seul homme qu’elle ait jamais aimé ?
Les souvenirs d’enfance de Sonia sont stupéfiants : cette liberté que vivaient les enfants des années soixante pataugeant dans la boue de la rivière est aujourd’hui perdue, et ce n’est pas le moins triste des constats, pour l’héroïne comme pour nous.
La ligne narrative à la première personne implique émotionnellement le lecteur. L’apparente normalité du discours de Sonia est si bien rendue qu’on oscille entre la tentation de partager son délire et la perception de la folie si remarquablement maquillée sous les traits de la banalité. Et cependant, il est rapidement perceptible que l’avenir contient un drame, sur lequel Pennny Hancoq va habilement créer la surprise tandis que le drame du passé arrive comme un boomerang terriblement violent qui surprendra le plus exigeant des amateurs de noir.
Une lecture qui ne s’efface pas tout de suite, tant le personnage de Sonia, cette quarantenaire abandonnée par elle-même et dont la vie a été captée par d’autres, est un personnage féminin au destin déchirant. Sous les napperons en dentelle de la middle class, la tragédie ne renie pas ses droits et prélève son comptant d’âmes humaines déchirées.
Vous reprendrez bien une tasse de thé ?

Tag(s) : #critiques

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