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jouet-mecanique2.jpgUn petit Jouet Mécanique
Marie Neuser
Editions L’Ecailler 2012

Anna a seize ans. C’est dur, l’adolescence. Les vacances en tête à tête avec les parents, la même plage que depuis toujours, les mêmes murs, la solitude brûlante d’un village de bergers en Corse. Magnifique. Magnifique, mais étouffant.
Les aspirations d’Anna la conduisent loin. Rome ou Paris, Londres ou New-York, une école de design, des rêves d’écriture. Quels parents peuvent comprendre ça ?
Venant troubler cette routine estivale, débarque la sœur aînée, Hélène. Trente ans, blonde, ronde, quand Anna est sèche et brune. Nulle complicité entre les deux sœurs, nulle tendresse. Une indifférence autrefois, glissant aujourd’hui vers la rivalité et bientôt la haine. Hélène est venue avec Léa, son bébé de un an, qui conquiert instantanément le cœur d’Anna.
Cependant que l’adolescente fond pour cette nièce qui apprend juste à marcher, le comportement de sa sœur l’intrigue, puis l’inquiète. Hélène pousse des cris de diva au moindre bobo de son bébé, se précipitant aux urgences pour une piqure de guêpe. Mais alors, pourquoi ne pas chasser les guêpes ? Une angoisse permanente va se nicher dans le cœur d’Anna qui se sent pousser des ailes d’ange gardien. Sera-ce suffisant pour éviter le drame ?

Marie Neuser nous offre une peinture particulièrement délicate et juste de l’adolescence et de son inconfort moral et affectif. Dans une langue au style fluide dont l’épuration n’a pu qu’être très travaillée, elle nous narre aussi la chaleur du maquis, les transparences de la méditerranée, la beauté du lever du soleil.
Elle réussit à merveille le portrait délicat d’Anna, en équilibre douloureux sur le fil du rasoir de l’adolescence. Elle saisit d’instinct et avec justesse le schéma souterrain des relations familiales.
La tension qu’elle instille dans cet été corse doit beaucoup à l’élégance de la langue, à sa subtilité. Les pensées d’Anna filent parfois plus vite qu’elle ne le voudrait, entrainant un flot d’émotion profond, parfois douloureux. Le jeu sur les mots révèle à merveille cette scansion intérieure tendue par l’angoisse.
Avec « Je tue les enfants français dans les jardins », son premier roman, Marie Neuser avait surtout troublé par la rage qui empoignait sa plume. L’histoire dérangeante, les qualificatifs dont elle (dé)parait la jeunesse avait relégué la qualité de la plume au second rang.
Aujourd’hui, avec ce court roman, violent comme un coup de soleil, elle révèle un grand talent narratif et littéraire.

Tag(s) : #critiques

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