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Orphelins de sang

Patrick Bard

Roman

Édition du Seuil, 332 pages, 19,50 € 

 

Une fois de plus, dans « Orphelins de sang » Patrick Bard nous fait la brillante démonstration de son talent à passer du travail journalistique : plume sèche, exposé des faits, au roman, avec des personnages attachants et un grand sens du suspens.

 

Victor Hugo Hueso est pomorphelins_de_sang.jpgpier, attaché à la communication de la brigade municipale des pompiers de Ciudad Guatemala.

À ce titre, il est chargé, à chaque intervention de ses collègues, de prendre des photos, de filmer. Bien souvent, il va, en recueillant les témoignages et en figeant les scènes de crimes, se substituer aux forces de l’ordre, débordées et/ou corrompues. Victor Hugo ne chôme pas : c’est chaque jour par dizaines que l’on ramasse les morts dans sa ville, une des plus violentes du monde.  Ainsi, ce pompier d’une sorte particulière alimente-t-il quotidiennement les journaux populaires en photos sanglantes. Quand il cherche comment améliorer un quotidien modeste, lui qui se trouve chargé de famille, il va tout naturellement choisir d’aller plus loin dans cette voie en suivant des cours de journalisme.

Le jour où, à l’occasion d’une mission comme pompier,  il découvre deux femmes dans un terrain vague, l’une morte tout à fait, l’autre presque, et où il comprend que l’une d’entre elles s’est fait voler le bébé qu’elle promenait, il décide d’en faire l’objet de son reportage de fin de stage.

Pourquoi parvient-il, lui, à remonter des pistes que police et justice ignorent ? Parce qu’il est seul, non corrompu, qu’il est motivé là où les autres sont saturés, sous équipés, démobilisés, peut-être désespérés.

On découvre, en suivant Victor Hugo dont le destin était sans doute marqué dès la naissance par son prénom, toute l’histoire de ce petit pays. On apprend comment il a été détruit par l’avidité des latifundiaires soutenus longtemps par la CIA, ravagé par une criminalité résultant de la politique d’armement des bandes, les « maras »  par les Etats-Unis crispés sur un anti communiste primaire et téléguidés par des intérêts commerciaux exacerbés, allant jusqu’au génocide du peuple Maya.

Génocide, « fémicide » le livre est hanté par des milliers de victimes innocences et Victor Hugo plonge, avec le lecteur,  dans la découverte d’une réalité pire que ce qu’il pouvait imaginer. Impossible pour le lecteur, comme pour le héros, de ressortir indemne de  cette prise de conscience.

 

C’est toute la force de ce roman, haletant, construit avec une impitoyable efficacité, qui ne vous épargne rien, sans vous faire de leçon. Libre à vous, en le refermant, de ne vous sentir aucunement concerné. Car il s’agit d’une fiction, n’est-ce pas ? Mais vous pouvez aussi lire les quelques pages d’exposé historique, éléments du chaos où sombre une petite nation noyée dans les dollars sanglants.

Et alors, votre regard ne sera plus le même sur la carte du monde.

Tag(s) : #critiques

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