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« Marée Noire »

Attica Locke

Traduit par Clément Baude

Série Noire, Gallimardmaree-noire.jpg

 

Malgré son costard en synthétique, sa secrétaire calamiteuse, sa femme enceinte et ses crédits, Jay Porter aurait tout pour faire un bon, un excellent avocat. Réussir… En 1981, être noir, dans la ville de Houston, Texas, c’est certes un handicap de taille, mais Jay aurait la carrure pour résister s’il n’y avait sa paranoïa envahissante, paralysante. Son incapacité à entrer dans un commissariat sans suer des mains, sa trouille viscérale des flics, son examen systématique de ses téléphones, et surtout, les armes qu’il cache partout chez lui.

Fils posthume d’un noir lynché pour un mauvais regard, époux de la fille d’un pasteur, activiste dans la mouvance des blacks panthers, … son passé nous est dévoilé petit à petit. Il a appartenu aux groupes de ceux qui furent prêts à tout pour obtenir, enfin, à la population pauvre, ouvrière, majoritairement noire, les droits essentiels. Si on comprend rapidement sa trouille des flics, on constate aussi qu’elle est bien mauvaise conseillère. Le jour où il sauve une blanche de la noyade nocturne dans le bayou (berrrrkkk !) il adopte de mauvais réflexes… Se planquer, ne rien dire, et finir embringué dans une affaire où les méchants ont la bonne couleur : blancs aux poches pleines de billets verts venus de l’or noir qui pollue tout… Jay Porter voit de plus sa situation aggravée par les attentes de sa communauté qui voudrait  en faire le défenseur d’ouvriers matraqués par des anti-grévistes.

Dans un contexte de tension liée à la proximité de la grève des dockers, quand la maire de Houston repeigne hâtivement son brushing pour les caméras, et se rappelle soudain qu’elle a bien, bien connu Jay Porter, pour son malheur à lui… au temps de leurs luttes communes pour les droits civiques, le jeune avocat va courir pour sauver sa peau, sans pouvoir renoncer à comprendre.

Avec un grand talent, Attica Locke installe des personnages sensibles, ambigus ce qu’il faut, échangeant des dialogues parfois elliptiques qui construisent le suspens, décrivant la chaleur et la sueur des hommes dans les réunions politiques, et surtout, surtout…racontant le racisme ordinaire. En 1981, à Houston la très grande majorité des ouvriers est noire. Noirs aussi les pauvres, les analphabètes, les malades et les miséreux. Les industriels, les responsables politiques ou administratifs, les décideurs… sont blancs.

La fresque historique est assez large, couvrant les combats des années soixante-dix jusqu’à ceux des années quatre-vingt. Elle est intelligemment mise en valeur en même temps qu’humanisée au travers du destin de Jay Porter et de saattica-locke.jpg communauté.

Un beau livre, fort, qui se termine par le constat tristement répétitif de la folie des hommes et de leur âpreté au gain, de ce qu’elle fait des esprits faibles.

Attica Locke nous conte, après le roman, comment un incident de son enfance l’a invinciblement conduite à écrire ce texte, trente ans plus tard. On n’échappe pas à son destin… ou plutôt : vos origines et votre passé ne vous lâchent jamais.

Un premier roman qui mérite d’être remarqué. Il l’a été lorsque Attica Locke, invitée par les organisateurs du festival de Lyon des 27 et 28 mars derniers, a rencontré ses lecteurs français passionnés.

 

21 € , 445 pages

Tag(s) : #critiques

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