Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Guerre Sale", Dominique Sylvain,

éditions Viviane  Hamy, 2011

 

Dominique Sylvain nous livre ici son treizième roman. Les dernières sorties portant sa signature étaient des réécritures de romans anciens, repris à l’occasion de leur sortie en folio. Depuis « L’absence de l’Ogre » on se languissait donc de nouveauté, en voici une !guerre-sale.jpg

Lola Jost se fait vieille. C’est toujours la même : amateur de puzzle et de porto, mais de plus en plus commissaire en retraite, bougon et misanthrope. Ne trouve grâce à ses yeux que Sigmund, le dalmatien que son psychiatre de maître a commis la folie de lui confier pour les vacances. La SPA va sans doute faire un procès à Dominique Sylvain, que Pierrat devra défendre. N’est-il pas in-canin (pour ne pas dire inhumain…) de rendre , même sur le papier, un pauvre animal alcoolique ? Reste aussi dans les bonnes grâces de la retraitée : Ingrid Diesel, masseuse de jour et danseuse nue le soir, stripteaseuse dynamique qui considère son métier comme une prestation de salubrité publique. Elle redonne du bonheur à ceux qui l’ont perdu. Si poétique, inoubliable, le récit de l’effeuillage qui sublime : « l’épaule à la rondeur de soie, la joyeuse cambrure du rein, une jambe fuselée et crémeuse, un ventre de satin, des seins ensoleillés…»

Les personnages sont en place et on les retrouve avec plaisir. Toutefois, on perçoit vite dans « Guerre Sale » une tonalité plus violente, et les frontières du faubourg où se cantonnent habituellement les deux femmes, explosent rapidement. Mention spéciale au prologue qui campe une scène onirique, récit d’un enterrement à Kinshasa.

Lola n’a jamais pardonné à sa hiérarchie l’abandon des recherches après l’exécution de Toussaint Kidjo, son adjoint. Jeune métis franco-congolais, celui-ci a péri d’horrible manière, un pneu enflammé autour du cou après une affreuse séance de torture. Un supplice bien connu en Afrique du Sud, dit du « Père Lebrun ». Lorsque, cinq ans plus tard, un avocat français se trouve exécuté de la même manière, Lola soupçonne un lien. Malgré les tentatives de mise à l’écart de la police, Lola va tenir bon, et mener son enquête tambour et cœur battant, à la lutte avec le commandant Sacha Duguin, celui-là même qui a laissé une trace indélébile dans l’âme de la belle Ingrid.

Les tribulations de Lola et Ingrid vont de paire avec celle de Dugain et son équipe de la brigade criminelle. Ils ont fort à faire : les tentatives de manipulation et les embûches sont multiples. Les activités du jeune avocat et de son employeur vont mener les enquêteurs dans le monde obscur des ventes d’armes, avec ses commissions, et surtout, ses rétro commissions.

On découvre Lola plus sombre et plus violente. Elle s’interroge : «Aurais-je perdu la main avec les mots ? ».C’est aussi qu’elle se trouve diminuée physiquement dès le début de son enquête. La tentation est alors forte d’aller plus loin pour plus d’efficacité. Trop loin. Mais  « Les tornades n’aiment que les allers simples. » . Elle résiste à la tentation de la dérive. Difficilement. Du coup, Ingrid endosse, bien malgré elle, le rôle d’élément modérateur.

La violence est dans l’histoire. La drôlerie, la légèreté sont dans le style. «  Ne jouez jamais à saute-mouton avec une licorne »…ou bien encore, plus romantique « Partager un vin du sud avec un beau garçon au charme méditerranéen, il y a des façons plus stupides de passer son temps… » . Quelle femme renierait celui-ci ?

10-Dominique-Sylvain-c-Antoine-Rozes-mention-obligatoire.jpgNoir zébré de drôlerie et d’aphorismes de Sun Tsu (« l’Art de la Guerre ») « Guerre Sale » expose sans dénoncer les obscurs couloirs du pouvoir de l’argent. La vision élargie du monde à laquelle oblige cette enquête n’a rien de rose et l’œil que pose Lola Jost sur son époque est désenchanté. Le talent d’écriture de Dominique Sylvain la conduisant plutôt à l’élégance de la légèreté, il nous appartient d’en tirer nous-mêmes les conclusions amères.

Le rythme et la technique mettent ce roman dans la catégorie que j’affectionne : celle de mes préférés, les « mine de rien » qui sous les fausses apparences de la fiction, vous racontent notre époque mieux qu’un essai. Mais pour cela… il y faut du talent.

Ne nous y trompons pas, il y a, sous cette langue de velours, une plume de fer !

18€ 318 pages

On trouvera sous ce lien « La grande librairie » du 27 janvier  –France 5 - où un François Busnel enthousiaste parle fort bien du roman. Dominique Sylvain lui donne la réplique, juste avant que n’intervienne James Ellroy, talentueux cabotin, autre bonne raison de visionner l’émission.

photo Antoine Rozès ©

Tag(s) : #critiques

Partager cet article

Repost 0