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Au gré des vogues, ainsi navigue l'édition, le polar n'échappe pas à la tendance. On connaît le polar régional, voici son avatar ayant pour aire d'aventures une capitale, Paris !  Parigramme était connue jusqu’à présent pour des guides sur Paris, des livres de photos, des ouvrages dits « pratiques »… Les voici qui se lancent, après bien d’autres maisons, dans une collection polar. Elle est dirigée par Olivier Mau, et astucieusement baptisée 7.5. Cette nouvelle collection a pour vocation de nous emmener goûter à l’un ou l’autre des quartiers parisiens, siège de l’intrigue romanesque. Voici les trois premiers titres :

 

   

voisins_qui_vous_veulent_du_bien.jpg Caroline Sers : « Des voisins qui vous veulent du bien ».

Caroline Sers, jusqu’alors éditée chez Buchet-Chastel,semble avoir fait sienne l’étude microscopique des gens comme il faut. Des bonnes familles. Même lorsqu’on déroge et que l’on va s’installer derrière le Père Lachaise, moins cher que le XVIIème ou le VIIIème…

Le personnage central de ce roman est une gourde qui me donne une fichue envie, personnellement, de lui botter les fesses, histoire de la décoincer un peu. Empêtrée dans ses bonnes manières et le respect des convenances, l’héroïne va se trouver embringuée malgré elle dans une sinistre histoire. Des incendies criminels sont attribués bien à propos à un malheureux promoteur qui finalement ne s’y trouve pas pour grand-chose. Pas comme cet alcoolique tordu de responsable associatif.

 

Lalie Walker : «  Aux malheurs des dames ».

Lalie Walker, pour sa part, raconte plaisamment Montmartre, ses commerces de tissu, et surtout, l’intérieur du Marché St Pierre, cette institution inclassable, entre attraction touristique, lieu de fantasme, trace du passé… On marche entre les rayons de chêne patiné, on manipule les étoffes soyeuses, on écoute vivre le quartier.

Mieux que dans le précédent, on inspire un bon coup de XVIIIème, ses frites, ses cars touristiques, la malheurs damesmeringue du Sacré Cœur couronnant le tout.

L’héroïne de Lalie Walker est aux antipodes de celle de Caroline Sers, une battante, n’ayant pas froid aux yeux. Sociologue, Rebecca Levasseur ne déteste pas sauter sur les gars qui lui plaisent, préférant les études de terrain aux compilations de données. Elle se lance, dans ce roman vif, à la recherche de vendeuses de tissus disparaissant mystérieusement.

Si le décor est riche, les personnages sympathiques, le suspens habile, je n’ai toutefois pas été convaincue par la chute, ressemblant trop à une volonté de prendre le lecteur à contre-pied, au risque de perdre en crédibilité.

 

Romain Slocombe « L’infante du Rock »

l-infante-du-rockEnfin, Romain Slocombe nous narre Pigalle. Pigalle de jour, Pigalle de nuit. Les putes sur les trottoirs, les touristes à l’œil égrillard rivé sur les affiches de peep-show, la nuit éclaboussée par les néons des boîtes, les rabatteurs…

De retour après une longue absence (au Japon, bien sûr, c’est Slocomble, non ?), un ex-parolier de groupe rock court dans la nuit après ses obsessions, dont celle de voir revivre la chanteuse du groupe pourtant déclarée morte d’over-dose.

 

Plus que par le suspens, c’est par l’atmosphère de la nuit, les relations troubles, la gêne, et finalement, l’expression de la folie et de la haine, que Romain Slocombe nous convainc.

Il y a du fatum, dans le destin de son Alain Gluckeim, conforme aux héros Slocombiens : maladroit, un peu lent à comprendre que ses angoisses ont un fondement, doué pour se fourrer où il ne devrait pas traîner.

 

 

Se pose maintenant une question de fond : le régionalisme parisien fonctionne-il plus que le régionalisme tout court ? Pas vraiment. Il correspond surtout à une volonté éditoriale un peu artificielle de segmenter, créer une niche commerciale. Ce n’est pas parce que ça se passe dans mon arrondissement que c’est un bon roman.

Je crains que ce soit une mauvaise façon d’aborder les choses. Qu’il se déroule à Bali ou rue Montorgueil, un roman doit convaincre par la cohérence et l’épaisseur de ses personnages, par le rythme de l’intrigue. Il peut aussi séduire par le style, le talent de l’écrivain. Hormis pour Romain Slocombe, on a ici de bonnes histoires, mais qui ne touchent pas à l’universel.

Bien que Parigramme ait fait un effort pour un graphisme et un format agréables, on se prend à regretter la jolie petite collection, hélas défunte « Noir urbain » chez « autrement » qui accompagnait de belles photos des textes courts et incisifs ….

 

Tag(s) : #critiques

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