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cote-abattoirs.jpgDu côté des Abattoirs
Jan Thirion
L’Ecailler, 2012


« Du côté des abattoirs » est le grand frère, réécrit et développé de « Ego Fatum » -éditions Krakoen 2007- qui, juste après « Mikko » avait marqué l’entrée de Jan Thirion dans le monde littéraire.
Cédric Mangata est flic. Il vit depuis quelques mois avec une jeune femme, mère d’une ado. Las, les charmes de la Lolita ne laissent pas Mangata tout à fait indifférent. Ses brèves idées lascives vont se solder par une suite de calamités débutant par la mort accidentelle de la jeune fille, et se terminant dans un tourbillon de folie. Peut-être que rien ne serait arrivé si le policier n’avait eu affaire à un serial killer planqué dans la peau d’un artiste contemporain, et si une grosse araignée poilue n’avait nargué tout le monde en courant sur les murs blancs…
La réécriture a subtilement resserré le fil de la narration déjà fort économe de Jan Thirion. Ce texte, du coup, tire son efficacité de sa sobriété d’écriture alors même que le thème courtise le baroque. Constant allers-retours entre le caractère dingo des mésaventures du flic et la sécheresse du style.
Voici ce que je disais de la première mouture en 2007 :

Ego Fatum mérite le détour. Son flic est une catastrophe ambulante, le genre dont on souhaite surtout ne pas devenir l’ami ou alors, s’il vous connaît,  qu’il perde au plus vite notre numéro de téléphone. J’aime beaucoup le style de Thirion, économe d’effet, mais plein d’efficacité. Il vous embarque l’air de rien dans un sacré toboggan et le seul regret c’est quand ça s’arrête.
Tout commence et tout finit avec une araignée qui sème la panique. Sans compter la poisse qui a élu domicile sur les épaules d’un flic abruti par les médicaments depuis une agression subie quelques jours auparavant. C’est à hurler de rire, sauf qu’on regarde soigneusement derrière sa porte avant d’éteindre la lumière le soir, des fois qu’une araignée s’y cache …

Le remaniement du texte a considérablement noirci cette cascade improbable de calamités, ou alors, j’avais surtout gardé à l’esprit son côté burlesque. Car c’est terrible, et c’est drôle en même temps. A chaque nouvelle rencontre de Cédric Mangata, on sait que le destin, accroché à ses basques, va trancher le fil des Parques d’un de ses contemporains.
Unité de lieu : Toulouse. Unité d’action : les conséquences de la rencontre funeste avec une araignée, rendue aussi dévastatrice qu’une bombe atomique en raison des faiblesses bassement humaines du héros. Unité de temps : tout se passe au cours d’une seule et même nuit. C’est en raison de ce classicisme moqueur que je garde une tendresse pour le premier titre « Ego Fatum », même si je salue le travail de Jan Thirion dans cette réédition.

En même temps, je me réjouis de la perspicacité des éditeurs de l’Ecailler. Krakoen se veut une fonction de découvreur, et cette réédition souligne le travail initial avec un auteur.
A ceux qui n’avaient pas déjà rencontré « Ego Fatum » en raison des tirages limités de la première édition, je ne peux que recommander de se précipiter. Vous rirez, forcément, de ce rire étrange qui se termine dans un rictus de trouille…

Tag(s) : #critiques

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