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pike.jpgPike
Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos
Editions Gallmeister, 2012

Etats-Unis, quelque part en hiver dans un hiver sinistre. Pike est un drôle de bonhomme, peu causant, revenu de l’enfer de la défonce et de l’alcoolisme. Dans sa petite ville natale, ce dur à cuire vieillissant a pris sous son aile Rory, un jeune paumé qui rêve de devenir boxeur. Ils vivent de travaux de chantier : rénovation et construction.
Un jour débarque une junkie qui largue une gamine de douze ans : sa mère est morte et la fillette n’aurait plus comme famille que Pike, son grand-père. La vie de celui-ci va alors connaître de sérieuses embardées.
La gamine est stupéfiante. Méfiante comme une souris des villes, forte comme un blizzard d’hiver, fragile comme une fleur de printemps, amoureuse totale de littérature.
Whitmer pourrait se contenter de la séquence apprivoisement des deux héros, avec Rory dans le rôle du poil à gratter.
Mais un autre personnage se déploie alors. Derrick, flic cinglé échappé de Cincinnati, alcoolique, drogué, violent, se met sur le chemin des deux premiers et de la fillette. Il connaissait bien Sarah, la fille de Pike, camée notoire. Trop bien pour le repos de Pike qui veut comprendre comment et pourquoi sa fille, qu’il a à peine connue, est morte après avoir vécu comme elle l’a fait, lui laissant de surcroit le cadeau imprévu de cette petite fille inattendue.
Tout au long de ce premier roman, Whitmer joue avec les métaphores. « Un visage de pare-brise éclaté » entre dans mon panthéon des images originales. Il a un talent pour l’ellipse, les dialogues pleins de silences avortés. Sa peinture de l’hiver, par touche subtile, insiste sur sa permanence et installe son importance dans la vie quotidienne des personnages, donne une tonalité glacée à toute l’affaire, qui, forcément, ne peut que mal tourner. Y aura-t-il des rescapés à tout ça ?
Bravo à l’éditeur pour avoir entamé chaque chapitre par une phrase prise dans celui-ci. Cela devient un jeu : la lire, la chercher, l’isoler, réfléchir à son poids : seule ou noyée dans le chapitre ?
Gallmeister nous offre un premier roman si prometteur qu’on espère très fort les suivants.


Tag(s) : #critiques

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