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« Je ne suis pas un serial killer »

Dan Wells

Traduit par Élodie Leplat

Sonatine Éditions

 

je-ne-suis-pas-un-serial-killer.gifÀ quinze ans, c’est connu, on n’est pas encore très déterminé. Tous les possibles sont présents, on tâtonne, on est forcément moche et maladroit. Si on est malchanceux, on se retrouve affublé d’un appareil dentaire, de lunettes, et on ne sait pas où mettre ses pieds et ses bras qui ont grandi trop vite.

 

Tout ça, n’est pas, vraiment pas, le problème de John Wayne Cleaver, fils de Sam… Les amateurs du genre ont compris. Le malheureux ado (pléonasme) porte à la fois le nom d’un tueur et d’un cow-boy, et son ascendance le renvoie à un des pires serial killers qu’aient connu les Etats-Unis. Sans doute ceci explique-t-il sa fascination morbide pour les tueurs en série, fascination qui l’a conduit chez le psy. Fascination à laquelle on peut, il faut le dire, ajouter celle qu’il éprouve pour le feu, et pour les viscères des taupes et écureuils qu’il dépèce sans voir à mal...

John ne vit pas non plus dans n’importe quelle famille. Il est le fils de la croque-mort de sa petite ville du Nord, Clayton County. On dit, quand on veut faire chic : thanatopractrice… La mort, il connaît… Et même, John se sent plutôt mieux avec les morts, dans le funérarium maternel, qu’avec ses camarades de classe. Là où les flacons de fluides d’embaumement  « ressemblent aux différents parfums de sirops sur le stand d’un vendeur de granité ». Le ton est donné. Considérant les autres comme lui-même avec un humour froidement cruel, rejeton d’une famille pathogène, tristement solitaire, John se sent en danger. Derrière le mur des règles qu’il s’est données, un monstre attend son heure, un monstre qui renifle ses proies avec délectation et aimerait que John leur torde un peu le cou pour voir… Un monstre qui bouge parfois.

Jusqu’à la page 105, globalement, Dan Wells plante le décor. Cet étrange garçon, atteint de TPA : trouble de la personnalité antisocial (une sorte de Dexter…) va se mettre à frémir d’aise quand des meurtres particulièrement sauvages vont être perpétrés et qu’il va pouvoir approcher les restes dans la morgue de sa mère. Puis survient la page 105… John va découvrir que l’un de ses voisins est une sorte de démon, au sens propre. Pour libérer la ville de ce démon qu’il piste, il va devoir libérer le sien, celui qu’il sent s’agiter dans son esprit. Jusqu’à quel point ? Et réussira-t-il à refermer la cage ?

Avec ce roman, on est au confluent du fantastique et du thriller, de l’étude de personnalité et de la peinture familiale. Certes Wells ne pêche pas par son originalité et les situations sentent la série télévisée, le film d’horreur,et les gros pavés gores qu’on nous assène en best-sellers. Il n’empêche qu’il en renouvelle le ton  par une drôlerie douloureuse qui le met sur le dessus de la pile.

À lire quand le cynisme n’effraie pas, surtout qu’à la toute fin… l’enfant, enfin, montre son museau assoiffé de tendresse. – Là, je spoile , mais juste un peu.… parce que cette fin émouvante, dont je ne dis pas tout,  est une clef du roman…-

 

18 € 270 pages

Tag(s) : #critiques

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