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paradoxe-cerf-volant.jpgLe Paradoxe du cerf-volant

Philippe Georget

Edition Jigal

 

Pierre Couture, 28 ans, boxeur professionnel. Barman à temps partiel pour vivre, les combats, même en championnat de France, ne rapportant pas lourd quand on est fidèle à l’entraineur et à la salle qui vous a fait grandir dans ce milieu.

Pierre n’a plus de famille, disparue pendant son enfance. La douleur de cette perte n’est pas pour rien dans son besoin de cogner. Cogner sur la solitude, pour la remplir de ses deux poings de cuir, cogner aussi sur le système qui l’a doté d’un casier dès ses quinze ans pour avoir démoli un salopard de violeur dans un foyer d’accueil.

Les bistrotiers, son entraineur, et un vieux chauffeur de taxi croate dont l’accent roule les « r »lui tiennent donc lieu d’attache affective.

Pierre est dans la débine. Il ne gagne plus guère de match, se laisse aller à fumer, et à boire, de plus en plus. Ce n’est pas le meilleur moyen de garder la forme. Pour gagner un peu d’argent, il va accepter de jouer les gros bras dans un racket…

Embarqué malgré lui dans une affaire qui trouve sa source dans les comptes mal réglés en Serbie par le TPI, tribunal pénal international, Pierre va revisiter ses vieux démons, courir, taper, noyer son désespoir, et gratter les mensonges qui font de sales croutes purulentes sur son âme. Sa course à la recherche d’abord d’un ami disparu, puis de mystérieux carnets porteurs de secrets sanglants, ne lui apportera qu’un surcroit de solitude et de désillusion. Pierre le poissard.

Philippe Georget nous offre avec ce roman de genre une variation tout à la fois intelligente, forte et sensible sur les thèmes de la boxe, portée par une figure solitaire de hard boiled parisien. À la suite de son personnage, on va découvrir l’étrange confrérie des boxeurs, les odeurs de vestiaires, la griserie des projecteurs et la sauvagerie du ring.

Son panorama de l’univers de ce sport, de sa grandeur et de ses misères, est riche et émouvant, même pour georget-NB.jpgqui a « le noble art » en horreur. Il en tire une dimension épique qui doit tout à son talent.

Malgré le thème du roman, qui recoupe les violences : celles de la guerre, celles de la boxe, il y a une grande humanité, une infinie tristesse, comme douce. Ce roman compte quelques-unes des plus belles pages du genre quand il raconte les combats, mais aussi la détresse du boxeur pris dans un maelstrom où s’agitent policiers, barbouzes, anciens tortionnaires et faux amis…

La toile de fond historique recoupe celle des « Harmoniques » de Marcus Mate paru il y a quelques semaines. Cette guerre sale a laissé là-bas un sillage de haine, de rancune, de honte aussi, mais ici aussi. Avec un style tout à fait différent, sans doute moins flamboyant, Georget propose lui aussi un contrepoint musical : celui des chanteurs des jours heureux, quand le héros, petit enfant, écoutaient avec ses parents des artistes dont nous connaissons bien encore les paroles, nous lecteurs quadra et plus…

Un beau roman, oui… à mettre sur le dessus des piles, tout à l’honneur des éditions Jigal.

Philippe Georget a reçu le 27 mars le prix du meilleur premier roman de l’année 2010 au festival de Lens pour « La nuit tous les chats s’ennuient ». Un auteur sympathique, journaliste à France 3, qui n’a pas boudé son bonheur d’être primé.

 

18€ 318 p

Tag(s) : #critiques

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