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Tijuana Straits, de Kem Nunn

 

 

 

Éditions Sonatines, 2010, traduction Nathalie Zimmermann

 

Ce roman pourrait s’intituler « La Frontière » tant il fait un personnage central de cette clôture illuminée la nuit, laide cicatrice de métal qui descend jusque dans la mer entre Tijuana, Mexique, et les Etats-Unis. Mais le titre est déjà pris, superbe roman de P. Bard (Point Policier).tijuana-Straits.jpg

Le personnage central, Fahey, est un ancien surfeur resté légendaire, qui ne regarde plus que la terre où il élèves des lombrics. La nuit, insomniaque, il danse sur la terre comme il dansait autrefois sur les vagues. Mais Fahey ne sait pas vivre sans la bière et les poignées de cachets qui lui apportent l’oubli d’un passé qu’on ne déchiffre que petit peu par petit peu. Sa rencontre avec Magdalena, une jeune juriste mexicaine dont il sauve la vie, va le contraindre à sortir de l’ornière où il se protégeait. Tout pourtant les éloigne. Lui, se laisse porter par la vie comme autrefois par la mer. Elle, se bat avec pour seule arme le droit et sa passion pour la justice.

Habilement distillé, le suspens voit s’affronter ces deux-là, entre lesquels se noue une relation intense mais tue, et des cinglés bourrés de drogues jusqu’aux canines, dont le délire a fait sauter le peu de raison qu’ils aient jamais possédée.

Ce roman est un étonnant hybride : il fait la part belle autant à l’intrigue qu’à l’évocation de la nature ravagée par la folie humaine avec l’estuaire de la rivière Tijuana transformé en immonde cloaque. Il évoque, pour le glorifier de manière stupéfiante, l’océan et ses mystères, les vagues mystiques  et les rochers qui chantent, les courants terribles, doux à ceux qui les connaissent.

Mais la pire des noirceurs, elle est bien dans l’âme des hommes, rongée par l’acide de la pollution et de la drogue, de la misère, de la solitude.  Et l’évocation des passeurs de clandestins, la présence des patrouilles de fédéraux,  côtoient étrangement l’évocation des moeurs des oiseaux. C’est en quelque sorte tout le roman qui est préfiguré dans son premier chapitre qui file de la protection des nids des derniers pluviers, à l’abattage de chiens sauvages tueurs d’humains. Car ainsi en va-t-il dans la vallée de la Tijuana.

Ce roman est construit avec une grande habileté. Je préfère d’ailleurs dire : un grand talent. Par touches successives, les chapitres évoquent tantôt le Mexique, la folie des maquilladoras et des gangs, la nature qui se soucie peu de la frontière, la vie étrangement déshumanisée de Fahey, lakem_nunn_large.jpg mer à l’horizon, les espoirs de la jeune femme et enfin les Indiens sur les hauteurs. Le lecteur hésite. Roman d’aventure, roman noir, critique sociale ? Sans compter, pendant quelques pages, l’éventualité vite repoussée d’un roman rose…

 

Un beau, un grand roman, qui mérite les excellentes critiques déjà reçues.

C’est par lui que je découvre l'univers de Kem Nunn dont la bibliographie évoque la côte ouest, le surf, la mer, sur fond de rédemption, comme une réflexion sur le destin.

 

 

21 € 356 p

Tag(s) : #critiques

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