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Robert Goddard

« Par un matin d’automne »matin_automne_goddard.jpg

Éditions Sonatines 2010, 454 pages, 22 €

 

 

 

Une demeure, dans la campagne anglaise. Manoir de rêve, fenêtres à petits carreaux, lierre et cheminées. Au centre, une tour, si pratique pour observer les étoiles, la campagne… La maison et ses occupants ? Le passage des saisons, l’heure du thé. Un lord, renfermé sur sa dignité et les bons usages, s’est offert une femme trop belle. De jeunes officiers blessés, réchappés des horreurs des tranchées tentent de soigner leurs plaies, physiques et morales. Un mort au champ d’honneur, d’horreur… Des secrets, des haines et des amours. Et puis, un mystère. Dans cette maison, un meurtre a eu lieu. Un meurtre a lieu, car les époques s’entremêlent, on progresse dans une histoire en poupée gigogne, un récit contenant l’autre qui renvoie lui-même à un autre, époques différentes selon les narrateurs qui se passent la parole, et le flambeau du souvenir.

Ils sont plusieurs à se succéder, alternant les souvenirs récents ou anciens, car les secrets du passé contiennent les germes des secrets du présent. Une femme raconte son enfance, soumise aux caprices d’une belle-mère haineuse, une marâtre de conte. Triste destin d’une petite bâtarde, honte vivante de cette époque post-edwardienne. Un ami écartelé entre fidélité au mort et passion pour la veuve. Un grand-père qui aurait pu changer le destin d’une enfant. Un amant impossible, une amie d’autrefois, un policier caractériel… Et ce meurtre, ce meurtre, jamais élucidé dont le poids a ravagé la vie des vivants… et des morts ?

 

Il faut une certaine patience pour s’impliquer dans la lenteur du récit, qui nécessite de mettre en perspective l’histoire des deux Léonora, la mère et la fille, de réunir l’époque moderne, la contemporaine et l’ancienne. Deux personnages de femme dominent le roman : la diabolique et la sainte, la perverse et l’innocente. Deux personnages d’hommes se répondent, le veule et le courageux… à moins que ce ne soit le contraire.

 

Robert Goddard avance lentement, par longues circonvolutions, professant que la frustration est un moteur puissant du désir. Ses personnages ont le charme d’une photo sépia, surtout que le feu et le vitriol coulent sous les plus belles images. On se laisse emmener dans cette promenade hésitante au travers de la campagne anglaise ou dans les boues de la Somme. L’hésitation n’est que de façade, car  Goddard procède en maître de suspens, repoussant chaque fois le dénouement, la limite du vrai et du faux, chaque chapitre démentant le précédent, le ton s’adaptant à merveille aux differents narrateurs.

 

Roman du souvenir qui ranime le traumatisme que fut la guerre de 14-18, « Par un matin d’automne » est idéal pour ceux qui ont la patience des mots croisés, des énigmes en chambre, et qui raffolent des ambiances « old England » !

 

 

Tag(s) : #critiques

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