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Semaine-enfer-Jones-Couv.jpgUne Semaine en Enfer
Matthew F. Jones, traduit par Pascale Haas
Denoël, Sueurs Froides, 2013

John Moon n’aurait pas refusé, j’imagine, d’aller passer cette semaine là sur la Lune, plutôt que sur la terre de ses racines.
Voilà un garçon pour qui le monde s’est arrêté à ses seize ans. Son père mort criblé de dettes, la banque saisit la ferme qui représentait le seul avenir que se soit jamais imaginé le jeune homme.
Aussi, à l’âge adulte en est-il réduit à crécher dans un mobile home, sur le lopin de terre rescapé de la faillite, perché dans la montagne, au-dessus de la ferme familiale occupée aujourd’hui par un fermier sympa, prêt à l’embaucher comme commis… John  a de quoi se sentir amer, d’autant que sa femme, lasse de ses conditions de vie et du manque d’ambition du mari, est partie à la ville, emportant leur bébé.
John connaît les forêts comme sa poche et se nourrit souvent de braconnage. Après la fermeture de la chasse, il poursuit un jour un cerf qu’il a blessé. C’est le début du pire jour de sa vie, et sans doute de la pire semaine, car John, loser pessimiste, va faire systématiquement les pires choix possibles.
En effet, derrière un buisson, ce n’est pas le cerf qu’il abat, mais une jeune fille planquée dans une carrière. Dans ses affaires, John découvre un pactole en liquide. Comment et pourquoi celle-ci dispose-t-elle d’une pareille somme d’argent ? Quel rapport avec le meurtre sauvage, des années auparavant d’un couple cousu d’or mais radin ? Et surtout… Était-elle seule ? Où est passé le gars qui l’accompagnait ?
Jones s’applique à nous embarquer dans la spirale de déveine, de sottise, d’alcoolisme et de solitude de son héros. On comprend vite que chaque chapitre à venir va noircir le tableau de la vie morose de ce red-neck mal inspiré. Et pourtant… L’auteur arrive à nous faire espérer, à nous rendre ce poissard sympathique, à nous tirer en avant dans l’espoir que ça va s’arranger pour lui…
Le suspens est lent, tortueux, souvent dilué dans les brumes d’alcool et d’indécision du héros. Chaque personnage serait digne de figurer dans une scène de « Délivrance ». (film de John Boorman, 1973).Le sheriff bas du front, le copain vétéran du Vietnam… Seules quelques femmes échappent au laminage général, paraissant en contraste plus lumineuses et plus fortes… Certaines, car on a aussi là quelques beaux spécimens affligeants…
Peinture d’une certaine Amérique profonde où les armes parlent avant les esprits obtus « Une semaine en Enfer » ne donne pas envie de casser la tirelire pour acheter un billet d’avion… mais bien de continuer à fouiner du côté du retour de la collection « Sueurs Froides » renaissant de ses cendres en ce début d’année.



Tag(s) : #critiques

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