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anneaux-honte.jpgLes anneaux de la Honte.
François Thomazeau
Editions l’Archipel 2012

Ce n’est pas la Syrie, c’est l’Espagne. Il ne faut pas non plus confondre le dictateur à moustache et la reine d’Angleterre.
Il n’empêche. Avec ce roman, Thomazeau met le doigt où ça fait mal. Non, le sport olympique n’est pas,  plus?, cette grande fraternité où la participation et le partage prévalent. Bien au contraire. Il décrit, déjà en 36, l’apparat grand spectacle des drapeaux excitant les nationalismes, les hymnes et l’hystérie des foules quand leur champion va « plus vite, plus fort, plus haut ».
L’action des « Anneaux de la Honte » se situe donc en 36. Les jeux de Berlin, la mise en scène apologique du nazisme. Albert Grosjean est journaliste sportif. Cela ne l’empêche pas d’être politiquement engagé. Il revient d’Espagne. Parti couvrir les Olympiades, organisées par le communisme pour répondre aux jeux olympiques d’Hitler et à la ferveur nazie, il a assisté aux débuts de l’insurrection, quand l’armée se retourne contre un gouvernement démocratiquement élu. Massacre d’un côté, auxquels, de l’autre, répondent des tortures. Le journaliste a quitté Barcelone tant bien que mal, avant d’être envoyé à Berlin avec une mission qui dépasse le journalisme. Le voici qui marine dans le monde glauque de la diplomatie.
Derrière les apparences trompeuses des joutes sportives, on s’agite dans les salons des grands hôtels. Le consensus officiel s’établit autour de la non intervention dans la crise espagnole. Hypocrisie, quand les grenouillages officieux qui se jouent entre espions au travers de complots sourds, mettent tout en œuvre pour permettre aux fascistes allemands et aux monarchistes anglais d’alimenter les militaires séditieux en armes, en avion et en hommes. De leur côté les français tentent de faire de même pour alimenter les communistes espagnols.
Thomazeau nous mitonne comme il faut une vraie fiction passionnante, dans laquelle la réalité historique rencontre l’imagination. Pour preuve ces entretiens entre Cusin et Jean Moulin cherchant à sauver ce qui peut l’être du Front Populaire et de son honneur sous la pression de la Cagoule, favorable aux militaires espagnols. Vrais encore, bien que mis en scène, la mégalomanie tragique du Führer et de Goebels se révélant à l’occasion des défilés nazis dans les rues de Berlin, leur haine des sportifs noirs américains.
Ce roman a le très grand mérite de remettre en perspective l’éternelle utilisation du sport comme opium du peuple. Je ne lui ferai que le reproche, ténu, d’abandonner son personnage sans réelle chute. Mais il est vrai qu’il le laisse à un moment de l’histoire qui n’en finit pas de durer, puisqu’il a fallu attendre les années quatre-vingts pour voir réapparaitre un semblant de démocratie en Espagne.
Encore pourrait-on considérer que tout recommence, quand les massacres à Damas se sont trouvés opportunément supplantés dans les media par la canicule et les JO.
Ces rappels, écrits d’une plume vive, ne serviront pas plus que les tentatives des Français pour ne pas perdre l’honneur en 36. Mais ils ont le mérite d’exister sous une forme qui cache son sérieux sous la légèreté de l’intrigue policière et de ses rebondissements, rendu perceptible y compris par ceux qui préféreraient les oublier.

Tag(s) : #critiques

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