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"Cadres Noirs" de Pierre Lemaître.9782702140703-G.jpg

Quand quelqu’un a tout perdu, son boulot, sa respectabilité, et qu’il ne lui reste que sa dignité, il ne faut pas qu’on vienne y toucher .

C’est pourtant cette dignité qui sert de paillasson à tous les chefaillons, tous les employés des administrations censées aider Alain Delambre. C’est sa dignité qui s’use des privations infimes mais répétées qu’il s’impose pour survivre au fiasco tandis que les médias rythment le quotidien par l’annonce des super profits des entreprises, des parachutes dorés et autres bonus que s’accordent les patrons qui licencient.

Alain Delambre est poussé au bout du désespoir intime par quatre années de rebuffades. Il se sait trop vieux, dépassé, il sait que jamais il ne retrouvera du travail. Alors il est prêt à tout.

Tout : cela passe par le détournement d’une sinistre farce, dont il va incarner la première victime.

Une très grosse entreprise pétrolière veut en effet tester la solidité de ses cadres afin de choisir celui qui saura le mieux démanteler un site de production. Un rapport avec l’actualité ? Vous croyez ? Je ne vois pas totalement ce que vous voulez dire…

Moyen choisi ? Jeux de rôles : prise d’otages, sauf que tout est fait pour que les évalués croit à sa réalité.

Delambre est d’abord choisi comme complice, sa capacité à faire craquer les autres lui servant de sésame pour retrouver un poste. La « boîte de com » qui monte l’opération va cependant se repentir de son cynisme.

La revanche des petits et des sans grades va passer par la vengeance d’une stagiaire licenciée. Lorsqu’elle révèle à Delambre que tout est bidon, qu’il ne fera office que de figurant, les innombrables humiliations liées à son chômage vont agir comme le détonateur d’une fusée à plusieurs étages…

 

Pierre Lemaitre écrit comme un homme en colère. Ce qui ne l’empêche pas de le faire avec beaucoup d’humour.

… Je cherche du travail comme les chiens reniflent les réverbères. Sans illusion, mais c’est plus fort que moi. Au début quand son personnage rame dans les ténèbres des fins d’allocation. Ou lorsqu’il atterrit en prison –et je ne dévoile rien d’autre- cette analyse de sa situation :

Dans la généalogie darwinienne de l’adaptation au milieu carcéral, je suis tout au bas de l’échelle. Il y en a … qui comme moi sont là par hasard, par accident ou par connerie. Moi, c’est les trois.

Son histoire est pleine de niveaux, de tiroirs, on peut la lire comme l’histoire d’un casse, comme la révolte d’un homme ordinaire, comme une critique sociale, ou encore, comme un roman d’amour.

C’est un peu de tout ça et plus encore, et cela donne diablement envie d’aller voir du côté de ce que Pierre Lemaitre a écrit d’autre.

Bien sûr, on n’est pas sans penser au « Couperet », fantastique roman de Westlake. Les deux héros ont en commun la volonté désespérée de s’en sortir, de se restaurer comme homme social, comme mari et comme père. Mais Delambre ne s’en prend pas aux individus, il s’attaque plutôt au système.

À vous de découvrir de quelle manière il cherche le chemin de sa rédemption en lisant « Cadres Noirs ».

« Cadres Noirs »

Calmann-lévy, 2010, 18 € 50, 350 pages

Tag(s) : #critiques

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