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Patrick Bard présentait, samedi 13 février 2010 à Créteil, une conférence intitulée « Femmes sacrifiées du Guatemala ».

 

2010fevrier 010Pour expliquer son cheminement jusqu’à Guatemala City, Patrick Bard commence par la lecture de quelques pages de « La Frontière » son roman si fort sur les meurtres de femmes à Ciudad Juarez. Le Mexique, pays voisin, pays frère, où les femmes rencontrent le même terrifiant destin. Mourir parce qu’on est femme est, dans ces deux pays, si tristement fréquent que les gouvernants ont créé le terme de fémicide, en ont fait une circonstance aggravante de l’assassinat.

Dans ce petit pays de douze millions d’habitants, plus de mille femmes par an meurent, le plus souvent après avoir été violées, torturées de toutes les façons possibles.

Les coupables ne sont jamais châtiés : le taux de résolution des affaires criminelles est de… 2 %. On tue, on viole donc en toute impunité.

« On » … Les témoignages que présente Patrick Bard sont clairs, sans ambiguïté. Au cours du génocide des Maya débuté quelques années après le début du conflit en 1954, où des brigades soutenues par la CIA ont détruit des communautés entières, les femmes ont été systématiquement violées. 50 000 viols environ. Tenus secrets par les femmes lorsque ça a été possible car l’aveu du viol entraîne de facto l’exclusion de la frontièrefamille, du village. Ces viols systématiques, comme en Bosnie plus récemment, avaient pour objectifs de « détruire la virilité » des combattants adverses. Quand on gratte sur les raisons de la guérilla, on tombe vite sur de sordides histoires d’intérêt de grandes compagnies fruitières.

À la fin du conflit, les violeurs, les tortionnaires, souvent très jeunes, sont retournés à la vie civile. Aujourd’hui, ils sont policiers, militaires, membres des services privés de sécurité.

Et les femmes meurent.

Sans le regard de la communauté internationale, la justice guatémaltèque ne disposera pas du pouvoir d’enquêter et de punir. Seule des pressions politiques fortes entraîneront un début de commencement de solution.

C’est toute la signification des reportages de Patrick Bard, réalisés avec le concours sur place de son épouse, Marie-Berthe Ferrer : témoigner pour faire émerger des vérités insupportables. Mises au jour, elles reculeront peut-être ?

Par ailleurs écrivain de talent, Patrick Bard offre, dans ses romans, des sentiments forts, de l’épaisseur humaine, au-delà de ce qu’un journaliste est autorisé à écrire, dans la froideur clinique des faits.

On retrouve Patrick Bard, reporter, sur son site.
Les web reportages, et croyez-moi, ils ébranlent, sont visibles sur le site du magazine logogéo bigGéo  (avec quelques réserves techniques : il y faut de la patience, les fichiers sont lourds et nécessitent une bonne connexion)

Sur dailymotion, un extrait éclairant, mais bref.


A sortir prochainement : un roman sur le trafic d’enfants… À ne pas rater

Tag(s) : #critiques

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