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Mr Ripley,

Patricia Highsmith,

1955, 1956 en France. Nombreuses rééditions depuis.

 

Cet article est paru dans le n° 108 de la revue 813.

 

Avoir vingt-cinq ans, dans les années 50 à New York, vivre de minables escroqueries, aux crochets des uns, dripley.jpges autres… Sa jeunesse emplit Thomas Ripley d’amertume et d’envie. Amertume car il ne voit qu’injustice dans le passé de sa jeune existence d’orphelin. Envie car tout paraît réussir aux autres. Il ne s’aime pas, et personne ne l’aime.

Voilà pourquoi il fait si bon accueil au projet un peu fou de Monsieur Greenleaf qui le supplie d’aller en Europe récupérer son fils Dickie, retenu loin de la prospère entreprise paternelle par la peinture et la vie de bohème.

Rick Greenleaf, l’exact opposé de Tom. Riche, à l’aise en toute circonstance, sachant se faire des amis, doté de l’aura que donnent bonne éducation et revenus confortables. Rick a tout pour fasciner Tom qui le rejoint en Italie et découvre en sa compagnie la vie insouciante d’un Américain plein aux as, installé, face à la mer, dans une petite maison de la baie de Naples.

L’amitié complice qui les lie rapidement fait de l’ombre à la relation mi-platonique mi-amoureuse que Rick entretient avec la seule américaine des parages.

Enfin, Tom vit ! Le soleil, les cocktails face au couchant, les bavardages intelligents. Très vite, il s’identifie à cet homme auquel, par un mimétisme quasi maladif, il s’applique à ressembler, allant jusqu’à lui emprunter ses vêtements, sa démarche, sa voix… Cette attitude ambiguë ne va pas tarder à déclencher malaise puis rejet chez les deux autres.

Être chassé du paradis terrestre quand on vient à peine de goûter à ses délices est insupportable. C’est en toute bonne conscience, estimant que le destin lui doit quelque chose, que Tom va mettre à profit une AlainDelon-PleinSoleil-DVD-Cover.jpgpromenade en bateau pour tuer Rick, puis, pendant des mois, au prix d’une incessante et épuisante incarnation, profiter de son identité.

Le roman de Patricia Highsmith se bâtit autour de la relation ambiguë de Ripley avec Rick, avec lui-même. Sur ses justifications, sa bonne conscience, ce mélange de veulerie responsable de crises d’angoisses épouvantables et de courage inconscient qui le pousse à tuer pour se protéger.

Ripley a beau être lâche, faible, doté d’un égoïsme effroyable, le talent de la romancière nous amène à souhaiter la réussite du meurtrier, à vibrer de ses craintes, à se réjouir de ses réussites.

L’immense succès de ce roman repose sur l’habileté de P. Highsmith à dresser le portrait psychologique d’un personnage tout aussi attirant que repoussant. René Clément en a tiré le magnifique "Plein Soleil" un très beau film avec A. Delon, à la fin plus « morale ». On ne parlera pas de la version Hollywoodienne "The talentued Mr Ripley".

Mr Ripley continue son existence dans quatre romans : Ripley et les ombres , Ripley s’amuse – l’Ami américain, Sur les pas de Ripley, et enfin : Ripley entre deux eaux.

 

Tag(s) : #critiques

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