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avatarnigelNigel Greyman, ce vieux complice qui œuvre parfois pour Krakoen, a voulu tout savoir sur « l’Incendie d’Halloween » : et le pourquoi et le comment…

 

NG : Votre premier roman jeunesse vient d’être publié aux éditions Krakoen. Oserais-je demander : « pourquoi si tard ? ». Mère de famille, enseignante, est-ce que tout ne vous destinait pas à écrire pour la jeunesse bien plus tôt ?

 

JD : Sans doute que, tout bêtement, le moment n’était pas venu. J’avais emmagasiné un certain nombre d’urgences dont je devais faire état dans mes romans adultes avant de me tourner vers les plus jeunes. C’est une mésaventure survenue à mon fils qui m’a poussée à écrire un roman de conjuration, en quelque sorte. J’avoue avoir pris un très grand plaisir à créer mes personnages. En particulier parce que nous avons travaillé ensemble le scénario, mon fils et moi. Il m’a été beaucoup plus facile de partager en famille la genèse de cette aventure là, que celles, beaucoup plus sulfureuses, de mes précédents romans.

  

arthur-grand « L’incendie d’Halloween » est-il un tour de chauffe qui vous fait momentanément délaisser le roman noir ou bien envisagez-vous de vous investir pleinement dans ce genre particulier ?

 

J’ai une grande envie de poursuivre en compagnie d’Arthur, dont je range tout à fait les aventures dans le genre « noir ». Evidemment, ce noir là est plein de pépites de couleurs, mais quand même ! Mon petit héros enquête, il se fait tabasser, enlever, menacer de mort…. Je réfléchis en ce moment à la suite de ses exploits.

Cela ne m’empêche pas de travailler actuellement sur un roman adulte, déjà bien avancé, tout ce qu’il y a de plus noir…

Dans un genre ou dans l’autre, je ne sais, de toute façon, pas écrire sans m’investir totalement.

 

Arthur, le héros de cette aventure appartient à un milieu privilégié et stable. Il s’exprime à la première personne avec son langage de jeune garçon aux prises avec les problèmes de son âge. Pensez vous que cette forme est apte à conférer d’emblée une empathie pour votre personnage et ses copains ?

 

J’espère très fort que mes jeunes lecteurs –et moins jeunes, je connais nombre d’adultes qui aiment se plonger dans les titres « jeunesse »- vont s’identifier à Arthur. Celui-ci s’indigne, il refuse la triche, il s’accroche à ses convictions ! C’est quand même un sacré petit bonhomme auquel on peut avoir envie de ressembler !

Et puis, privilégié !  Certes, Arthur a un toit, une famille qui l’aime, une sœur avec laquelle il adore se disputer. Certes, encore, ses deux parents travaillent. Mais ce sont des gens ordinaires. Ils vivent dans une petite maison en banlieue… Pas derrière les murs d’un hôtel particulier ou au bord de la piscine d’une villa sur le Cap Nègre…

 

IHurneL’intrigue donne à voir une succession d’épisodes impliquant Arthur et sa bande de potes. La magouille électorale, entre autres, les confronte avec une réalité d’adulte, leurs réactions sont salutaires, apprendre à dire « non » et à ne point s’accommoder de la fatalité, est-ce bien ce genre de principe qui est mis en avant ?

 

J’avoue avoir doté mon petit « Arthur » de quelques défauts. En effet, si son indignation est légitime, il n’hésite pas à mentir, à comploter, pour se tirer d’affaire. Mais devant l’injustice et l’abus de pouvoir du système, il utilise les armes à sa portée. Celles que lui impose sa faiblesse d’enfant. Et il garde une conscience très forte des limites à ne pas outrepasser.

Mais, oui… je lui donne le droit de refuser et de s’opposer à l’injustice, à quoi les enfants sont toujours très sensibles. Si seulement les adultes étaient toujours aussi engagés !

 

De ce point de vue, tout ce qui devrait faire réagir, s’indigner, l’actualité est un réservoir infini de sujets. Le livre ferme sur une interrogation : où est passée Fatoumata, la jeune copine malienne d’Arthur ? La suite serait-elle déjà en vue ?

 

Est-ce que la disparition de Fatou ne mérite pas que ce curieux s’en préoccupe ? Si bien sur… D’abord, l’amitié, c’est sacré. Ensuite, les copains d’Arthur sont moins bien lotis que lui.Il en a une vraie conscience. En se lançant à la recherche de sa copine, Arthur va découvrir la réalité des sans papiers, leur précarité mais aussi la condition des jeunes filles Maliennes. Des pistes pour ce second tome…

  

Les illustrations fort réussies au demeurant donnent une respiration au texte, mais n’est-ce pas orienter la vision du jeune lecteur qui sans ces images pourrait donner davantage libre cours son imagination ?

 

hallo03.jpgJ’aime beaucoup le trait d’Anthony Mundy. Il y a, dans le livre, des moments un peu effrayants que la bonhommie de ses illustrations atténue. Par exemple, après le passage à tabac d’Arthur, on le voit se regarder dans la glace. L’humour de l’illustrateur dédramatise le nez cassé et l’œil au beurre noir.  D’autres fois, ce sont comme des petites virgules visuelles, des clins d’œil amusés.

 

Votre roman est accompagné d’un dossier pédagogique destiné aux enseignants qui voudront bien s’emparer de votre livre pour travailler avec leurs élèves, j’imagine que votre expérience d’institutrice ainsi que celle que vous avez acquise avec vos ateliers d’écriture a présidé à cette initiative ?

 

Je pense le thème assez riche et assez proche du quotidien des enfants pour être propice à la réflexion, et aménager tout un tas de possibilités. Cette exploitation d’une œuvre, je l’ai mise en place personnellement à de nombreuses reprises. C’est juste une façon de se retourner sur le plaisir de la lecture qu’on vient de terminer. Ce sont aussi des techniques pour valoriser le fait de lire, entre autre par le plaisir avec des jeux sur les illustrations. Maître mot : le plai-sir !!!

Pour chaque livre, si on le veut, les pistes sont multiples. J’en propose quelques-unes.

 

Comment donner le goût des livres aux enfants qui parfois ont déjà beaucoup de mal à lire tout simplement, ce goût de lire peut-il se transmettre, la désaffection à l’égard de la lecture serait-elle irréversible ? Qu’en pensez-vous ?

 

Pour apprendre à lire, il y a peu de mystère. Il faut que ça représente un avantage aux yeux de l’enfant. Faire plaisir aux parents, à l’enseignant, accéder au monde des grands… Les motivations sont multiples mais essentielles, vitales !Ensuite, l’aiguillon de la curiosité est fort : tous ces signes inconnus dans la rue, ces mystères à décrypter… S’il n’y a pas cet investissement affectif au départ, il est clair que ça devient un pensum.

Parfois des parents viennent me voir en se désespérant que leur enfant ne lise pas. Mais est-ce que eux lisent ? Est-ce qu’ils valorisent le fait d’ouvrir un livre ?

jeanneNPSi toute la famille fonctionne en dehors de la chose écrite, comment y faire entrer l’enfant, seul dans cet inconnu ? Avec de la chance il croisera sur son parcours scolaire des enseignants passionnés qui lui feront découvrir le paysage mystérieux, immense, à défricher, de la littérature. Encore faut-il que les instits’ d’aujourd’hui y croient. Et ce métier devient si difficile.

Quand quelqu’un, adulte ou enfant, me dit « qu’il n’aime pas lire » je lui réponds qu’il n’a pas encore rencontré son livre, celui qui lui ouvrira la porte. Mais il faut des passionnés pour lui prendre la main. Bibliothécaires, enseignants, meneurs d’ateliers… peu importe. Nous sommes tous dans le même bateau.

Je ne peux pas imaginer un monde où le livre aurait disparu. Il est le territoire privilégié de l’intelligence, de la beauté, de la réflexion, du rêve, de la mémoire… Peut-être changera-t-il de forme, mais il durera, j’en suis sure !

Pardon d’avoir été aussi longue, mais sur ce sujet, je m’échauffe, et je peux tenir des heures…

J’y crois, à fond !!!

 

 

Restons optimistes ! Merci, Jeanne Desaubry

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