Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

voleur-manhattan.jpgLes voleurs de Manhattan

Adam Langer

Gallmeister 2012, collection americana

 

Ian Minot est un écrivain de génie. Méconnu, forcément. Attiré par le mirage de la grosse pomme, il en est réduit à faire le serveur après avoir vivoté quelques temps sur son héritage. Il travaille dans un café tenu par un comédien sans engagement, avec comme collègue serveuse une plasticienne dont les expositions relèvent du happening désert. Manhattan, quoi.

Ian n’ose croire à sa chance sentimentale : dans son cœur et dans son lit trône une jeune femme magnifique, Anya Petrescu, jeune écrivaine roumaine. Bientôt lancée sur le devant de la scène New Yorkaise, cette nouvelle coqueluche des média va rapidement l’abandonner. Double abandon et double humiliation pour Ian : la donzelle se laisse séduire par Blade, un écrivain dont le succès rend notre génie méconnu fou de rage. Un bouffon, selon Ian, un menteur, un bidonneur qui fait un tabac avec un livre médiocre plein de mensonges bien dosés, succès soutenu par une grande science marketing de son éditeur. Blade sait si bien se mettre en valeur !

Ian devient donc le personnage idéal pour une vengeance que concocte depuis des mois un certain Jed Roth. Ex éditeur dans une prestigieuse maison, ce dernier en a été chassé pour avoir osé s’opposer à la parution du livre du fameux Blade. Ian Minot et Jed Roth, pour des raisons radicalement divergentes, ont donc en commun le même ennemi personnel. Quelle meilleure vengeance que de retourner contre ses ennemis leurs propres procédés ? Le mensonge, la mystification… La vengeance étant un plat plutôt frais, le moyen qu’offre Roth est à la hauteur de leur haine commune : complexe, nécessitant d’énormes investissements en temps et en capitaux. Ian a l’un, Roth semble avoir les deux…

Minot, lassé d’être le relégué des soirées littéraires, va se laisser tenter par l’expérience, un poil désabusé,  résistant d’abord puis cédant… Mal lui en prend. Il va le payer très cher…

Alambiqué ? Ceci n’est que le début…Le début de quoi ? D’une mise en abime vertigineuse où les victimes se métamorphosent en vengeurs, peut être pires que leurs tourmenteurs, ou la fiction détrône la réalité qui décide de se conformer au romanesque le plus échevelé, à la grande stupeur des personnages.

Ian est un personnage sympathique et attachant. Sa sincérité, son honnêteté le desservent jusqu’au moment où il y renonce, et même là, on sent bien que c’est avec réticence. Dindon d’une farce énorme, il va finir par mettre des cailloux dans les petits pois et sa gentillesse, après en avoir fait une victime va le protéger : car qui se méfierait de ce benêt…

Irracontable, avec des retournements successifs dont on se demande jusqu’où ils iront, cet ouvrage se veut tout à la fois un portrait de la société littéraire américaine, un roman d’aventures, d’initiation, d’amour, et même un policier avec suspens.

Drôle et cruel à la fois, amusant, touchant, une belle réussite.

Tag(s) : #critiques

Partager cet article

Repost 0