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Petros Markaris est grec, grec, grec jusqu’au bout des ongles. Pour le meilleur et le pire.

 

publicité-meurtriereDans « Publicité meurtrière » collections Point, Seuil, 2009,le commissaire Kostas Charitos perd le sommeil et même l’appétit tandis que sa fille se trouve coincée sur un bateau détourné par des terroristes alors qu’il faisait route vers la Crète.

Alors que le policier voudrait de toutes ses forces participer à l’action policière visant à dénouer cette prise d’otages, il est renvoyé à Athènes. On lui demande de résoudre un, puis deux meurtres. Une revendication qui paraît en premier lieu farfelue se révèle on ne peut plus sérieuse au fil des victimes. « Arrêtez tout ! Plus de pub, ni à la télé, ni même à la radio ! » Comment cette affaire finira par rejoindre la prise d’otage est tout l’enjeu de ce roman qui permet de mettre au cœur de la narration la place, selon moi terrifiante, qu’a pris la télévision dans le quotidien des Grecs. D’autant plus terrifiante que je ne puis m’arracher de l’idée qu’elle est la même en France. Aucun événement n’a pas plus d’existence s’il n’est repris par le petit écran ? Aucune personnalité n’a plus d’écho si elle n’apparaît aux vingt heures. La première nullité venue, si elle est assénée assez souvent se retrouve parée de toutes les qualités…

Ce roman est heureusement l’occasion de raconter aussi des personnages succulents, une vie de couple hilarante, avec engueulade à heure fixe et la grande tendresse des vieilles habitudes, l’odeur du café grec, des grillades, les injures des automobilistes.

empoisonneuse.jpgL’humanisme de Markaris se retrouve dans « L’Empoisonneuse d’Istanbul».

À peine remis de l’enlèvement de sa fille, voilà qu’il doit faire face au désarroi terrible de sa douce (euh…) moitié qui ne supporte pas que leur rejetonne refuse le beau mariage religieux dont rêve sa maman. Rien de tel qu’un voyage pour se changer les idées. Sauf que… son métier rattrape le commissaire quand on lui demande de jouer les bons offices diplomatiques auprès de la police turque. Est-il possible qu’une grecque de quatre-vingt-dix ans passés se soit transformée en serial killer ? Arme du crime ? Des chaussons aux épinards truffés d’insecticide. Pourquoi cette vielle femme at-elle fait le voyage qui la ramène à ses origines?

Pour nous, français ignorants, le fait que Markaris parle systématiquement de « Constantinople » est instructif. Car le roman est aussi l’occasion de rappeler le passé d’affrontement, d’amour-haine de ces deux cousins-voisins que sont les Turcs et les Grecs. Le milieu des « roums » ces Grecs orthodoxes, survivants à Istanbul d’une communauté autrefois importante nous est raconté, pétri de son passé, figé devant un avenir béant de vide.

 

J’aurais presque rangé Markaris au niveau de Andrea Camilleri pour sa capacité à raconter simplement les petites gens et à parler de gastronomie s’il n’y avait eu deux défauts récurrents et hautement pénibles.  Sa narration à répétition, ad nauseam pour le lecteur, des embarras de la circulation dans Athènes. La longue litanie des rues empruntées pour aller d’un point à un autre de la capitale à chaque déplacement. Travers qu’il transpose d’ailleurs dans « L’Empoisonneuse d’Istanbul », quand il envoie son enquêteur dans la capitale turque. Mais surtout,et bien pire :  dans « Publicité meurtrière », il fait preuve d’une homophobie affligeante, semble-t-il de règle dans ce pays où pourtant on continue, vu de France, à prier les gens d’aller se faire… voir. Pour les grecs, l’homosexualité semble être devenue la même raison dégradante d’être mis au ban de la société que pour les beaufs ordinaires du reste de l’Europe.  Quelle misère quand on admire tous ces beaux éphèbes nus qui peints, sculptés, racontés, ont construit une des plus belles mythologie qui soit. Je ne puis m’empêcher de sursauter quand je tombe, dans la narration même, sur les mots de « lopette » ou de « pédé » utilisés comme synonyme d’homosexuel.

Ces défauts écartés, il reste une narration qui garde une belle authenticité, et le portrait que nous fait Markaris, aussi bien de la Grèce que de la Turquie modernes sonne on ne peut plus juste. À tel point qu’il rencontre, semble-t-il, un beau succès populaire dans son pays.

Tag(s) : #critiques

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