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Red Room Lounge

Megan Abbott, traduite par Jean Esch

Editions du Masque, 2011

red-room-lounge1.jpgBill et Lora, Lora et Bill. Frère et sœur pour la vie. A la vie à la mort… Nous sommes dans les années cinquante. Bill est policier, assistant d’un procureur, idéaliste, pétri de justice. Il adore sa sœur, il est prêt à tout pour la protéger : il y a  tant de vilénies dehors…Elle, paisible auprès de lui, quelques sorties avec des amoureux un peu plats, une petite vie de professeur dans un institut de jeunes filles. Tous les deux sous le même toit, dans une harmonie parfaite.

Bill rencontre Alice. Costumière pour le cinéma, belle, plutôt mystérieuse. Très amoureuse de son beau flic ? Ou de la vie protégée et bourgeoise qu’il peut lui offrir ? En tout cas, même si Bill et Lora restent très proches, la petite sœur déménage, laissant le nouveau couple s’installer.

Alice, fleur vénéneuse et étrange, désespérément assoiffée de respectabilité, toujours secrètement attirée par de grands pans de sa vie d’avant sur lesquels elle fait régner une obscurité que Lora s’entête, secrètement, à éclairer.

Lora se trouve, à cause de cette enquête qu’elle mène sur le passé d’Alice, posée à l’intersection des deux mondes. Le monde clair et tranquille qui a toujours été le sien, bien que touché par la mort des parents qui a resserré l’affection de leurs deux enfants. Le monde obscur, terrible, pétri de violences et de sexe, englué dans le secret, d’où vient sa belle sœur. Alice, habilement, de façon perverse, joue sur l’attirance de Lora pour les ombres de ce monde là. Se protégeant, manipulant, elle « infecte » le monde de Bill et Lora avec le sien.

Le suspens est triple dans ce roman. Il y a, bien sur, l’enquête de Lora qui veut à toute force comprendre pour protéger son frère. Mais se laissera-t-elle corrompre ? Car elle ne répugne pas tant que ça à approcher de près les feux de l’enfer. Et enfin, sa conscience est prise dans un dilemme. Doit-elle parler ? Avertir son frère ?

« Absente » et « Adieu Gloria », les deux précédents romans de Megan Abbott parus tous deux en France, se déroulaient déjà dans les années cinquante. Une disparition déclenchant l’enquête d’un attaché de presse pour le premier, une femme en lien avec le milieu formant la « relève » dans le deuxième. Le langage était riche, les dialogues regorgeaient de perles, les personnages attiraient la sympathie, permettant une facile identification.

Rien de tout ceci dans Red Room Lounge. Reste « Hollywood » des années fastes et, en paysage d’arrière fond, l’industrie du cinéma et ses turpitudes. Reste l’époque désuète des colliers de perles et des glacières pour la bière. Abbott joue ici beaucoup moins sur le langage et les situations, beaucoup plus sur le non dit et les tensions psychologiques.

Au début de la lecture, j’ai du coup été déçue dans mon attente. J’avais tant aimé l’atmosphère particulière des précédents romans. Je me délectais par avance de la retrouver. Mais on a affaire à un véritable écrivain renouvelant son inspiration, son style, ses procédés, à chaque roman. C’est toutefois avec le même talent qu’elle crée une intrigue tout en retenue alors que son héroïne marche sur une glace de plus en fine. Les relations familiales et de couple y sont explorés dans les dimensions les plus obscures, sans plus de place pou  l'innocence, avec une finesse d’observation très convaincante.

 

Tag(s) : #critiques

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