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Lisa Gardner

 « Sauver sa peau »

 Livre de poche, 2011

 

sauver-sa-peau.jpgSally, Lucile, Cindy, Tanya… Depuis l’âge de ses sept ans et la première fuite imprévue de sa famille, Annabelle a appris à changer de nom, de ville, d’école, d’amis… au moins une fois par an, parfois plus. Elle ne sait pas pourquoi, mais il faut partir. Certains soirs, en rentrant de l’école, elle trouve sa mère en train de faire les valises. Si elle apprend à s’adapter, soutenue par son père qui lui explique « la vie est un système, il faut le comprendre pour s’en protéger », sa mère finit par craquer. Alcool, médicaments… devenue adolescente, Annabelle  se retrouve seule avec son père à changer, encore et encore de ville et de vie.

 Mais pourquoi cet homme, à l’origine enseignant, chercheur en mathématiques au MIT, lui a-t-il appris à toujours avoir ses clefs à la main, à vérifier l’arrière de la voiture avant de monter dedans, à poser des repères dans son appartement ? Lorsqu’il finit écrabouillé par un taxi vingt ans plus tard, elle ne le sait toujours pas. Comme héritage, il ne lui a laissé que des habitudes de fantôme.

 Revenue dans la ville de son enfance, Annabelle découvre aux infos qu’on a trouvé une tombe collective, sorte de grotte macabre, dans laquelle un cinglé a déposé, des années auparavant, le corps de six petites filles. L’une d’entre elles porte le médaillon d’Annabelle… Qui est morte à sa place autrefois?

  L’enquête, au suspens abouti, renvoie sans cesse Annabelle à des questions essentielles. Qui est-elle, qui étaient ses parents disparus ? Qu’ont-il fui toute leur vie ? Paranoïa ou précautions vitales ? Son passé et son futur se tiennent la main, elle en est consciente.

 Lisa Gardner, comme à son accoutumée, mène une danse intelligente, sans pour autant que ses personnages perdent en épaisseur et en humanité.

 Ses banlieues américaines ne sont pas l’antichambre de l’enfer, juste de grises banlieues. Cela suffit à les rendre déprimantes à souhait. L’hôpital psychiatrique désaffecté où l’on retrouve les corps n’a rien d’un décor de film d’horreur. Juste des vieux bâtiments qui tombent. Cette modestie rend la tension encore plus palpable, car plus proche.

 Annabelle, personnage central, est tout à la fois forte et faible : elle voudrait échapper à ses souvenirs et devenir ordinaire. Mais ce n’est pas son destin… Il lui faut avancer longtemps seule (accompagnée d’une chienne extraordinaire), portant symboliquement les cendres de ses parents dans un médaillon qui ne la quitte pas, avant de découvrir pourquoi elle peut abandonner la haine de son père.

 Les romans américains à forts tirages offrent souvent une fin décevante après un déroulement tonitruant. Ce n’est pas du tout le cas ici. Sans être une œuvre inoubliable, la facture est de belle qualité et il n’y a pas à regretter de s’offrir ce moment de suspens.

 

7€50, 499 pages

Tag(s) : #critiques

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