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« Cible Mouvante » et « Noyade en eau douce »
Ross Macdonald, nouvelle traduction de Jacques Mailhos
Gallmeister, collection totem, 2012

cible-mouvante.jpgGallmeister vient d’avoir la très bonne idée de rééditer des titres précédemment sortis chez 10-18, mais épuisés, et dont la première parution remonte à 1949.
Ross Macdonald donne vie à des romans à ranger dans la catégorie hard-boiled. Son personnage, Lew Archer, représente à lui seul l’archétype du privé, et on l’imagine bien empruntant son chapeau mou à Philippe Marlowe et son Browning à Sam Spade.
Dans le premier de ces deux volumes, le personnage se met en place, doucement. Ses caractéristiques vont s’affirmer dans le second, rien que de naturel. Ce qui va surtout se développer, pour le plus grand bonheur du lecteur, c’est le style de Ross Macdonald. Quasi clandestinement, mine de rien, les métaphores et les descriptions vont introduire la poésie au sein de ces aventures trépidantes, habitées par des mauvais garçons et des filles de vertu petite. Ainsi, les lignes qui dépeignent les exploits du personnage de détective faussement blasé vont-elles se teinter de camaïeux subtils dont suinte une certaine mélancolie. Lew Archer a fait la guerre. Il y a survécu, est devenu policier avant de démissionner. Son sang froid, son cynisme sont de façade, mais Ross MacDonald nous fait passer derrière les apparences.
noyade.jpg« Cible Mouvante » nous met en présence d’une richissime famille, forcement dysfonctionnelle. L’enlèvement du père, la demande de rançon, vont nettoyer jusqu’à l’os sa structure fragile. L’assemblage hétéroclite de belle-mère, fille, employés, et même le fantôme du fils… ne saura préserver les apparences sous l’œil exercé de Lew Archer.  Honnête et chevaleresque malgré lui, le détective prend pas mal de coups sur la tête au cours de l’aventure.
« Noyade en eau douce » nous place de nouveau au milieu d’un assemblage hétéroclite d’individus avec les mêmes volontés de sauver les apparences familiales tandis que la richesse est cette fois confisquée par la grand-mère qu’on retrouve malencontreusement noyée, au fond de la piscine. Sous la propriété familiale, il y a du pétrole. Mais au-dessus «  L’incendie du ciel s’était éteint, laissant de longs lambeaux de nuages s’étirer sur la nuit comme des trainées de cendre pourpres. Je ne voyais des montagnes que leur silhouette géante soutenant la pénombre ». Notre détective se laisse aller à une contemplation qui ne tarde pas à être mise à mal par l’aventure : «  Je me sentais comme un chat solitaire, un matou vieillissant rongé par une rage sombre, en quête de coups de griffes… Les rues nocturnes étaient mon territoire. Elles le seraient jusqu’à ce que je roule dans l’ultime caniveau  ». Les méchants sont horribles : « Il croisa les mains. Ses doigts se faufilèrent les uns entre les autres comme des asticots en rut ». Les « poupées » sont moins pernicieuses, encore qu’en vieillissant elles pensent surtout à l’alcool et à l’argent.
On le comprend, l’épaisseur psychologique, la qualité de l’évocation de la lumière, des éléments naturels font honneur à une rare puissance d’observation. L’écriture, qui jamais n’en fait trop, vous emmène sur les routes d’une Amérique mythique qui n’en finit pas de se survivre.
Reste à espérer que Gallmeister va poursuivre son élan et nous offrir la suite des aventures de Lew Archer.


Tag(s) : #critiques

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