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L
a guerre a son parfum

Jean-Louis Nogaro

70 pages, 8 €50, Editions du Caïmanla guerre a son parfum

 

Saint-Etienne, mai 1944, avril 1977, novembre 2006, avril 2007. Soixante et quelques années en soixante dix pages, une belle prouesse.

Unité de lieu, et bien qu’elle s’étale sans respect de la sacro sainte unité de temps, on peut, sans trahir l’auteur, parler d’unité d’action.

Mai 44, c’est la débâcle, les allemands se replient, abandonnant à un sort qui leur est indifférent, miliciens et autres collabo. Les FFI les attendent au coin du bois. Certains, plus malins, vont passer entre les mailles du filet. Jusqu’à quand ?

On rentre doucement dans l’histoire, puis le rythme s’accélère et les derniers chapitres seront minutés au sein de la même journée, retrouvant ainsi la trilogie obligé du théâtre classique.

Quel rapport entre les pages sombres de l’occupation et, soixante ans plus tard, des hold-ups étranges ciblant seulement des parfumeries stéphanoises commercialisant des parfums bon marché ?

Jean-Louis Nogaro nous le raconte, et son histoire, alerte et plaisante, conduit néanmoins à la réflexion. Son récit tient à la fois de la fable morale, du polar pur jus, avec une pointe de noir social.

Bien sûr, comme rien n’est tout à fait blanc ou noir, et que je me drape souvent de gris, je vais émettre quelques restrictions.

J’aurais, en effet, préféré un déroulement plus étoffé, permettant de profiter plus pleinement de la peinture des dernières journées de l’occupation, brossées une belle maitrise. Etonnant, voire déstabilisant, le personnage qui habite pour nous l’époque contemporaine tranche totalement avec le ton employé dans la première partie du roman. Cette prise à contrepieds, que j’imagine comme un pendant à l’extrême gravité de ce qui a précédé n’en est pas moins une gêne, qui tend à faire trébucher le lecteur dans son rythme, bien que, prise pour elle-même, la légèreté du personnage soit réjouissante et bien vue. Dans la pirouette de la chute, une leçon aussi, sur ce que sont les vraies richesses de l’histoire. Pirouette qui fait penser que le traitement de ce court roman le rattache plus à une nouvelle qu’à une forme longue.

Roman court, intéressant, qui dit assez l’attention qu’il faut porter aux petites maisons d’éditions.

Logo-caimanJean-Louis Nogaro a récemment procédé au saut à l’élastique que représente la création d’une nouvelle maison. Longue vie aux Editions du Caïman, puissent-elles nous offrir en nombre des plaisirs de lecture d’une fragrance au moins égales à ce « Parfum de la guerre. »

 

Jeanne Desaubry, 23 mai 2010

 

Tag(s) : #critiques

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