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dernier-lapon.jpgLe Dernier Lapon
Olivier Truc
Editions Métailié 2012

La Laponie, ultime et vaste espace avant le cercle arctique, occupe une grande zone désertique, couverte de bouleaux nains et de lichens. Il s’étend, au mépris des frontières inventées par les hommes, sur la Suède, la Norvège et la Finlande, sans compter le Nord Ouest de la Russie.
Que reste-t-il du peuple nomade originel ? Si les Sami élèvent encore les rennes, suivant leur transhumance, les tentes traditionnelles ont été remplacées par des cabanes de tôles, les skis par des scooters des neiges. Les chamans ont pour la plupart disparu, les pasteurs rigoristes ont pris leur place. Il reste le froid, la neige, la nature impitoyable. Et la beauté insondable des aurores boréales.
Klemet est sans le doute le seul policier lapon. Il a appris à parler norvégien à coups de bâtons dans une école où le sami était interdit. Après une carrière bien remplie, notamment à Oslo, il est revenu dans la région de son enfance, exerçant au sein de la police des rennes. Il forme, avec la jeune Nina dont c’est le premier poste, une équipe improbable chargée d’enquêter sur la mort d’un berger dont on a tranché les oreilles, comme on le fait aux rennes échappés de leurs troupeaux . Dans le même temps, un tambour sacré a disparu du musée où l’on s’apprêtait à l’exposer.
Voilà bien le polar le plus exotique, surprenant et dépaysant paru dans toute l’année 2012.
On suit l’enquête un peu balbutiante d’une équipe normalement dédiée à la surveillance des conflits entre éleveurs. Ils traversent la steppe par des températures considérées comme clémentes aux alentours de -15° mais allant jusqu’à -40° en cas de refroidissement. Leurs chevauchées en scooter des neiges à la recherche d’indices s’apparentent assez rapidement à une plongée dans les racines sami du policier. En compagnie de la jeune norvégienne « du sud », on découvre les traditions laponnes, l’histoire de la colonisation brutale de ses habitants dès le XVIème siècle, et l’on prend conscience que c’est tout un art de vivre en harmonie avec la nature qui disparait au profit d’une standardisation organisée par un pouvoir politique lointain.
Mais le roman repose aussi sur la cupidité d’un français aimant trop les très jeunes filles, et s’inquiétant peu de leur consentement, sur l’attrait des ressources minières d’une région peu hospitalière. Sans renoncer à un suspens classique, on baigne dans une réflexion douce-amère sur le temps qui passe, entrainant la fin des traditions, de mondes anciens disparaissant au profit de la modernité.
Merveilleux portrait d’un pays, de sa population, Olivier Truc réussit avec « Le Dernier Lapon » un roman superbe, aux personnages attachants, à la problématique passionnante.

 

Tag(s) : #critiques

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