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tamortseralamienne.jpgTa Mort sera la Mienne
Fabrice Colin
Sonatine 2013

Trois personnages principaux donnent le rythme de cet impressionnant roman d’un auteur qui s’était déjà fait remarquer avec le précédent «  Blue Jay Way ». Car si celui-ci ne m’avait pas totalement convaincu, j’avais apprécié des aptitudes stylistiques très personnelles, fortes. Je suis heureuse de les trouver ici au service d’une intrigue dramatique particulièrement réussie
Troy, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Le « Tu » qui nous secoue, nous embarque au plus profond de son errance douloureuse, dans un appel  « au secours » qui n’a aucune chance d’être entendu car il n’en connait pas les mots. Ce « Tu » qui reste enfermé dans son casque de moto. Sans doute pour se préserver les oreilles des coups de feu qui accompagnent son passage mortifère au milieu d’un séminaire étudiant. Qu’il n’ait qu’une seule véritable cible importe peu. Sa haine est assez grande pour tout embraser, semant son errance de dizaines de cadavres.
Une femme mure : « Elle », Sunshine, qui s’appellera Nima un temps  avant de redevenir Karen. Mère de Troy. Mère de sa vie et mère de sa mort. Après avoir flirté avec des mouvements alternatifs gentiment cinglés, elle est devenue Nima dans une secte prônant un syncrétisme bouddhique et chrétien, pratiquant surtout l’esclavagisme sur fond d’exploitation sexuelle et de domination cruelle. « Elle » inconséquente et victime, qui fredonne des mantras joyeux pour oublier.

Enfin, Donald. « Je » : pauvre homme de flic, dont les tripes marinent depuis si longtemps dans l’acide de la culpabilité qu’il est en train de crever. Amoureux autrefois de Karen, père probable de Troy, à la recherche d’une rédemption impossible.

Ces trois là sont enfermés chacun dans un enfer personnel effroyable. Par tours et détours, sans linéarité, ils s’acharnent à graver des vérités effroyables dans le vif de l’esprit du lecteur. Come une bille de flipper, il faut passer d’un présent à la « Colombine » : sang, cris, cruauté, cordite et meurtres de masse, aux souvenirs des uns et des autres qui savent qu’ils rencontrent ce jour là leur destin.
Le temps  réel de l’action se limite à quelques heures égrenant d’innombrables morts. Le temps du roman s’étale sur trois vies, celles des trois personnages pour qui on pressent, bien avant la fin, qu’aucune rédemption n’est possible.
Roman de la déchirure et du malheur, roman du souvenir et de la folie, son style éminemment brillant le sauve de la noirceur totale. Aussi complexe que soit sa construction, son énergie le mène avec l’énergie tendue d’une arbalète en plein cœur de la cible, noire, très noire.

Tag(s) : #critiques

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