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Le grand écart d’une petite maison : Pascal Galodé éditeurs.

 

Pascal Galodé, petite maison malouine, sort en moyenne deux romans noirs par mois depuis le début de cette année. Exploit ou course en avant suicidaire ? En tout cas : impressionnant. Ils viennent récemment de sortir « Décembre Blanc » de Sylvie Rouch, roman qui mérite intérêt. C’est chez eux aussi qu’est édité Hugo Buan, dont la trilogie a été remarquée et primée à plusieurs reprises : « Cézembre noir » « Hortensia blues » et « La nuit du tricheur ».

On trouvera sur mon blog, et mon site des critiques détaillées sur ces romans.

 

En novembre, deux sorties que tout oppose. Un grand écart acrobatique qui interroge sur la problématique du choix de l’éditeur en général et de Pascal Galodé en particulier.

 

Un mot, pas plus, sur « Chasse au Trésor » de Raphaëlle Adam. Bluette charmante, quasi mièvre, rachetée, mais tout juste, par une conclusion cruelle. Des touches historiques, mais trop d’à peu près et surtout, une atmosphère sudiste, plantation de coton, esclavage et amourette, des plus convenues, qui s’introduisent dans un texte trop formaté.

 

Dans le même temps sortir « Sex Shot » de Michel Leydier, pousse le curseur à l’autre extrémité du spectre « noir ».

L’auteur, pour le coup, n’a pas besoin de nous exiler. Son Panam est plus hard que la banlieue de Chicago. Le suspens, dans ce roman, est scotché à l’équilibre mental défaillant d’un auteur de snuff movies. Face au tueur dont les victimes sont des prostituées recrutées sur le prétexte de tournages de films SM, un flic mal à l’aise et un monsieur tout le monde qui dérape mortellement.

sex_shot.jpgLà où ce roman est intéressant, c’est que le lecteur est conduit à s’identifier à ce dernier personnage. Cela se fait sans problème… tout au moins au début. C’est en effet un simple quidam dont la solitude trouve son origine dans un drame ancien savamment distillé au long des pages. Quand il ne travaille pas, quand il ne fait pas de muscu à s’en abrutir, il s’occupe l’esprit – sans doute aussi les mains - en visionnant du porno. Un jour, il fait l’acquisition d’un film vendu sous le manteau. Une maîtresse dominatrice, visiblement camée, y ficelle une fille. Elle la laisse ensuite torturer à mort par un homme masqué sous l’objectif indifférent de la caméra. ?  La Cruella n’est autre que sa sœur disparue. Chiqué ? Effets spéciaux ? Ou monstruosité ? Déjà englouti par une vie résolument crépusculaire, il va tout, vraiment tout tenter pour la tirer de là.

Le flic d’un côté, cantonné aux sentiers obligés de la procédure, le psychopathe dans sa logique de destruction, le quidam déjanté, quelques personnages secondaires bien sentis, une logique qui monte en crescendo vers une fin explosive… C’est un roman à réserver aux âmes aguerries et qui fait la démonstration qu’il n’y a pas besoin des sirènes du Mississipi pour écrire en noir.

 

Sex Shot, Michel Leydier

 Pascal Galodé éditeurs, 250 pages, 17.90 €

Tag(s) : #critiques

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