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pour-une-dent.jpgPour une dent, toute la gueule
Frédéric Paulin
Pascal Galodé éditeurs

C’est dur la vie ! Particulièrement quand on se rend compte, la soixantaine sonnée, que les sacrifices que l’on a faits au nom de son idéologie s’avèrent des erreurs. Que l’on a été manipulé, abandonné, livré aux chiens.
Loic Mordefroid a été un vrai révolutionnaire. De ceux qui, en 68, mettant leur vie en conformité avec leur idéologie, ont abandonné leurs études universitaires pour l’atelier, trimant à la chaine pour faire advenir la révolution. Les cadres de son parti se sont bien gardés d’en faire autant. Aujourd’hui, ce sont eux qui roulent en grosses bagnoles, passent dans les media, nouveaux chantres de la communication et de la philosophie Canigou (celle en boîte, produit industrialisé de masse, avec date limite de péremption…)
Loïc se rend compte, à l’heure des bilans, qu’il a eu tout faux. Son fils est flic, sa fille tourne des films porno, sa femme s’envoie en l’air avec un jeunot…
Son copain Christophe n’a plus rien à perdre non plus. La camarde l’a en ligne de mire. C’est peut-être le moment pour les deux anciens mao de régler les comptes, anciens et nouveaux ?
Frédéric Paulin ne fait de cadeau à personne dans ce roman sans héros… Son amertume travestie en guignol donne le rythme. Ça ne traîne pas, les personnages se retrouvant poussés dans les cordes par la vie qui passe. Malgré des dialogues qui chahutent, bousculent, on n’a vraiment envie de ne se reconnaitre dans personne, tant la politique montre ce qu’il y a de peu ragoûtant sous ses oripeaux.
Il n’empêche. Pour les mao, reconvertis dans la formation ou le social, 68 reste une borne inamovible. Pour eux, comme pour le reste de la société, il y a un avant et un après mai 68. Vouloir l’ignorer est juste une grave faute, tant politique que morale. Ceux qui la commettent finissent mal, en oubliés de leur temps…
Il faut se laisser tenter par cette lecture, mi fable politique, mi polar, vrai roman qui parle aux quinquas comme aux autres tant la leçon : cueillir le présent, vivre le moment  en se méfiant des idéologues auto proclamés est une leçon universelle, servie par le style personnel, grinçant à souhait, de Frédéric Paulin.

Tag(s) : #critiques

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