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« Nager sans se mouiller »

Carlos Salem                

Traduit de l’espagnol par Danielle Schramm

Actes Sud, actes noirs, 2010

 nagersanssemouiller.jpg

Tueur professionnel, c’est une profession qui rend paranoïaque. Forcément… Si en plus on souhaite faire croire à sa petite famille qu’on mène la vie peu palpitante d’un représentant en papier hygiénique, il faut ajouter à ses nombreuses aptitudes spécialisées celle de comédien.

Pour Juan Pérez Pérez, la vocation de tireur d’élite remonte à sa prime jeunesse, née d’un tir raté ayant couté un oeil à son meilleur copain. La profession de tueur n’est venue qu’après, peut-être parce qu’en grandissant on doit abandonner les rêves de l’enfance et qu’il a compris qu’il ne serait jamais capitaine pirate.

Donc, père divorcé depuis peu, le voici avec ses enfants pour trois semaines d’été. Mais « l’Entreprise » ne le lâche pas. Son employeur lui organise ses vacances de telle manière qu’une mission banale de surveillance, indigne de son rang de Numéro Trois, tourne très vite à un improbable cumul de coïncidences. Juanito comprend qu’il y a forcément un coup fourré. Dirigé contre lui ? « Ne te fie pas aux coïncidences ni aux putes à petits seins ». Conseil qui lui a été donné par le précédent « Numéro Trois » tueur expert, son mentor et ami, jusqu’au jour où il a fallu le tuer, lui aussi, sur les ordres de l’Entreprise.

Et puis ce camp de naturiste où Pérez Pérez se trouve coincé, pas pratique, ni quand on tombe amoureux (pas besoin de vous faire un dessin, non ?) ni quand on se méfie assez pour éprouver le besoin de porter une arme. Car où la mettre ?

La paranoïa du héros le conduit à se méfier de tous et tout le monde. Les aphorismes dont l’a gratifié Numéro Trois pendant leur longue amitié scandent le texte : « Sers toi d’abord de ta tête, puis de tes mains, et en dernier de tes couilles ». Les retournements de situation s’enchainent, les bons sont parfois finalement mauvais, les mauvais encore plus mauvais, les jolies filles, même nues, cachent beaucoup.

Drôle et désabusé, burlesque et désespéré, ce roman se joue des genres. Carlos Salem se met en scène lui-même quand le personnage achète son roman dans une librairie, multiplie les clins d’œil pour lecteurs decarlos-salem.jpg polar dans les noms des personnages. Mais ses lignes esquissent aussi une mélancolie poignante, quant il fait le constat de la mort d’un mariage, ou qu’il s’interroge sur l’éternelle recherche de modèles paternels, jamais satisfaite.

« Aller simple »son précédent roman, mettait déjà en scène cette mélancolie ; elle est la marque d’un désespoir dont l’élégance conduit à rire de tout, de la mort, des hommes que guide leur testostérone, mais pas de l’amour qu’on porte aux femmes, aux enfants, aux amis.

 

 Le roman a reçu le prix, bien mérité, Paris Noir 2010

21.8 €, 216 pages

 

Tag(s) : #critiques

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