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"American Subsversive"

David Goodwillie

 

Florent Massot éditeur

2010 490 pages20€50

 

american_subversive-copie-1.jpgDeux univers à des années lumières l’un de l’autre se télescopent ici sous la plume de David Goodwillie. Un blogueur professionnel, hyper branché, rat nocturne, amant d’une journaliste frénétique, tout aussi préoccupée que lui à courir les nuits électro de Manhattan. Une diplômée en communication, attachée à la promotion des opérations de sauvegarde de la planète, l’esprit noyé par un impossible deuil.

Le premier, Aidan, n’est pas qu’un clubber abruti. Il est bien obligé, de temps à autre, de s’interroger sur la superficialité totale de son métier comme de sa vie intime. Les réponses étant surtout douloureuses, les brumes de substances diverses aidant, il préfère repousser les affres de l’introspection.

La seconde, Paige, bousculée par la rage et la douleur de la perte de son frère tué en Irak, est passée de l’activisme légal à l’action clandestine. Avec une limite absolue : pas de victime humaine.

La fragilité et la force de la jeune femme, mais aussi la découverte du charme vénéneux de la clandestinité, vont embarquer Aidan dans une épopée que son passé de journaliste raté et moralement indigent ne laissait pas imaginer.

Le suspens du roman est rigoureusement agencé. Je ne spoilerai pas… On pourrait presque en tirer le manuel en dix leçons pour échapper au FBI quand bien même on se trouve sur la liste des dix personnes les plus recherchées, quand bien même les villes sont truffées de caméras, internet un vaste piège, bien nommé « toile ».

Ce qui reste, une fois les péripéties évacuées, c’est l’intense réflexion sur ce que devient une Amérique depuis longtemps désertée par l’esprit pionnier. Avachie devant sa télé. Tout esprit critique dilué dans la consommation. Si parfois Goodwillie insiste un peu lourdement, comment lui reprocher ?

Mais d’ailleurs, en Amérique seulement ?

« American Subversive » nous pose aussi la question, à nous autres européens ramollis. Jusqu’où faut-il aller pour réveiller les opinions ?

Goodwillie, journaliste au passé agité, incluant une période comme joueur pro de baseball, écrit là son premier roman. Prometteur, chez un auteur d’une trentaine d’année. À suivre.

 

Lisa Gardner

« La maison d’à côté »

Albin Michel, 415 pages, 20€90

 

Quand une femme disparaît, la police soupçonne d’abord les proches, les intimes. Quand il n’y en a aucun, gardner_maison-cote.jpghormis un mari qui semble peu enclin à aider les enquêteurs, il devient vite l’unique  suspect .

Bon, ça c’est le résumé crétin et factuel.  Une femme disparait en pleine nuit, seule sa fillette sait, ou ne sait pas, ce qui l’a fait crier. Et pourquoi donc le chat n’est-il pas là non plus ?

L’intérêt du roman se mesure plus à ce qui est dit en creux qu’au montage forcément réussi d’un best seller à l’américaine. Comment un couple peut  vivre dans l’opacité réciproque la plus totale, comment les apparences ne sont que fumées, ne cachant même pas forcément de sombres secrets, peut être tout simplement l’impossibilité de vivre avec soi même…

En soi tout un programme, et l'usage des techniques modernes et des media pour pimenter.

Ce n’est pas ce roman qui révolutionnera la rentrée, mais il mérite une mention spéciale pour un des premiers chapitres, le personnage du commandant DD Warren, absolument frustrée de bonne bouffe et de sexe (dans l’ordre) et totalement dévouée à son ambition. Dommage qu’elle laisse la place à des personnages moins convaincants ensuite. Elle me plait bien, moi, cette teigneuse de mauvais aloi.

Mention : à lire si on a un envie d’un plat pas trop épicé dont la digestion se fera en douceur, tout pour le plaisir de se recroqueviller sous la couette quand sonne la nuit.

 

Tag(s) : #critiques

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