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J’ai envie de parler de deux romans, qui bien que différents renvoient tous deux vers une question intéressante : pourquoi le rôle de victime ferait automatiquement de vous une personne sympathique ?

Sonatine Editions démontrent actuellement une grande perspicacité dans ses choix et certaines grandes maisons devraient bien en prendre de la graine. L’anles_lieux_sombres_flynn.jpgnée dernière avait été marquée par « Seul le silence » de R.J. Ellory. Excellent livre plébiscité et récompensé ce qu’il faut.

Aujourd’hui, j’ai envie de signaler la récente sortie (février 2010) de « Les lieux sombres » de Gillian Flynn. Il n’y a pas eu un « buzz » énorme autour de ce roman, et pourtant il mérite tout particulièrement l’attention.

L’héroïne : Libby Day, est dépressive et déprimante : paresseuse, sale, mesquine, jalouse, parano et j’en passe. Sa mère et ses deux sœurs ainées ont été assassinées vingt ans plus tôt par son frère de seize ans, et de ce drame, elle a fait son fonds de commerce. Les années passant, ça ne rapporte plus trop, et la voici à sec. Elle accepte alors l’invitation d’un « murder club » où des tarés, fascinés par les grands affaires criminelles, n’ont de cesse de lui expliquer qu’elle a tort. Non, le responsable de la tragédie n’est pas ce frère, qu’elle a toujours refusé de voir en prison. Qui ? Pourquoi ? Comment ? Alors que Libby avait rangé ces questions sous les poussières de la certitude, la voici qui se met à la recherche des témoins d’alors.

L’Amérique dans laquelle on la voit évoluer est moche, crade, triste, minable.

La construction du roman entretient à merveille le suspens : on suit Libby dans ses doutes et ses interrogations, on suit le quotidien, minute par minute, de sa famille ce jour-là, on découvre la vraie personnalité du frère opportunément sataniste.

La fin n’a rien d’une happy end, et si Libby trouve des réponses, ça ne la rend guère plus gracieuse ou aimable.

Un excellent roman qui mérite toute l’attention des lecteurs éclairés. (483 pages, 22 €).

 

Un peu plus loin dans ma pile, la sortie en poche (Points Policiers) d’un livre édité il y a juste un an au Seuil : « Ce que savent les morts » de Laura Lippman.

Quoi de plus horribles pour des parents que la disparition d’un enfant ? Il y a pire : la disparition de vos deux enfants. Enquête, panique, le temps qui passe et la vie qui s’effondre. Où sont-elles ? Mortes, vivantes ? Qui les a enlevées ? Pourquoi ? Pire : pour leur faire quoi ?

Mais… les choses ne sont jamais ce qu’elles paraissent être. La mère parfaite s’envoyait en l’air au moment du

 

drame, le père est un cinglé qui brule de la bouse de vache en priant assis en tailleur. Alors ?

Vingt ans plus tard, cette disparition a ravagé la vie de tous ceux qui ont été touchés. Aussi quand réapparait une des deux victimes, il n’y a pas que de la joie. Des

ce_que_savent_les_morts_lippman.jpg

questions, beaucoup de questions, des doutes, et le réveil d’une souffrance sans fin.

Qui a réapparu ? Est-elle vraiment celle qu’elle prétend? Si non pourquoi mentirait-elle ? Or elle ment, tout le temps, pour tout. Elle vole, elle triche, elle abuse des autres. Que cache-telle ? Qu’est-ce qui a pu arriver à cette femme pour qu’elle soit si répugnante de duplicité permanente ?

Roman du doute, roman jouant avec une grande subtilité sur le passage du temps, « Ce que savent les morts » ménage un suspens intelligent et terriblement efficace. Si, là aussi, la victime n’a rien de sympathique, on ne peut s’empêcher de souhaiter fort, très fort, que la vérité vienne calmer la trop grande brûlure du doute.

 

Ces deux romans ne jouent pas sur l’empathie. Ils fonctionnent grâce à une construction irréprochable. La vérité, une vérité, se trouve distillée au compte-gouttes et les études de personnages sont d’une subtilité particulière. Les auteurEs jouent toutes deux sur les infinies nuances de la vérité : la vérité vraie, la vérité approchée, la vérité fantasmée… La fausse vérité à laquelle tout le monde choisit parfois de croire par commodité, par lâcheté…

Est-ce un hasard si ces deux romans de la subtilité sont aussi des romans féminins ?

Tag(s) : #critiques

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