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enfants-poussiere.jpgDepuis Little Bird et Le Camp des Morts, et malgré un (un peu) moins passionnant L’Indien Blanc, la sortie d’une nouvelle aventure de Walt Longmire, héros de Craig Johnson, est une promesse de bonheur. Je me coule avec délice dans les pages du roman, je m’attriste de tourner la dernière.
Walt Longmire, shériff du comté d’Absaroka, état du Wyonming, est revenu sur ses terres. Il se consacre à la convalescence de sa fille, Cady, grièvement blessée dans le roman précédent, sortie du coma avec des problèmes de motricité et de mémoire.
Les autres personnages sont présents : l’incendiaire Vic, au langage de palefrenière, Ruby, fidèle au secrétariat de plus en plus informatisé –pour le plus grand malheur de Walt- Lucian et ses parties d’échec, et enfin, Henry Standing Bear, dit « Nation Cheyenne », ami de toujours.
Les Enfants de Poussière ce sont ces bébés nés de GI et de vietnamiennes. Ni asiatiques, ni américains, parias chez eux et partout ailleurs, l’état américain a toutefois facilité l’entrée d’un certain nombre d’entre eux sur le territoire. Pour racheter une faute morale, payer l’abandon de Saigon en 1971 ? Ces flux migratoires ont malheureusement transformé de jeunes vietnamiennes en proies de valeur pour les trafiquants d’êtres humains.
Une de ces jeunes femmes asiatiques est retrouvée étranglée, jetée sur le bord d’une route, dans le comté de Walt. Cette découverte va ranimer ses souvenirs de la guerre du Vietnam. Déjà enquêteur à l’époque, il y avait gagné blessures et décoration. On va progressivement découvrir comment et pourquoi, par petits chapitres intercalés avec l’enquête contemporaine. En cette fin de guerre, les trafics en tous genres minaient le moral des troupes. Celui de drogue faisait des ravages sur les bases américaines et Walt avait été chargé d’y mettre fin en identifiant les circuits et les responsables. Dans la chaleur moite et étouffante des jours précédant la fête du Tet de 1968, Walt joue du piano au Bow-Howdy Beau-Coups Good Time Lounge et bavarde avec Mai Kim, petite prostituée de quinze ans qui veut apprendre l’anglais.
On ne voit pas beaucoup de vietnamienbailey.jpg dans le Wyoming. L’arrivée à l’état de cadavre de la jeune femme est d’autant plus troublante pour Walt qu’il trouve, dans les affaires personnelles de la morte, une photo de lui-même en compagnie de la jeune Mai Kim, prise quarante ans plus tôt. Les morts, qui parfois marchent auprès de Walt, vont venir lui parler et la rencontre avec un FBI (Fucking Big Indian) de deux mètres dix et cent quarante kilos, va entraîner notre sheriff dans une enquête où le passé a toute sa place. La ville fantôme de Baileys n’abrite pas que des serpents à sonnette et ils ont beau être mortels, ils ne sont peut être pas les plus dangereux.
Après un démarrage peut être plus lent que dans ses précédents romans, on écoute avec bonheur la narration de Johnson, conte indien raconté au bord d’un feu crépitant, sous un ciel étoilé, au milieu de ses montagnes ici exténuées par l’absence de pluie. On compatit pour Walt, à la recherche éternelle de la pierre philosophale de la communication, qui reste pour lui plus facile avec les morts qu’avec les vivants.
Henry Standing Bear, monolithique, toujours capable d’un silence plus puissant que les pires menaces, donne à sa façon personnelle la réplique, poussant Walt dans ses retranchements.
La richesse des personnages, la texture de leurs relations, l’évocation puissamment poétique de la nature, la finesse d’analyse de notre sheriff, l’écriture en ellipses délicates et sauts narratifs surprenants, font de ces Enfants de poussière une nouvelle réussite.
Craig Johnson aurait-il invoqué quelque sorcellerie indienne ?


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