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Incident à Twenty-Mile

Trevanian

Editions Gallmeister, collection noire, septembre 2011

 

incident-twenty-mile-1.jpgTwenty-Mile : loin de tout, au fin fond du Wyoming, bourgade, morte aujourd’hui, ville minière fantôme, déjà mourante au moment du roman, qui place ses péripéties tout à la fin du XIXème siècle. Ailleurs l’électricité, les tramways, les phonographes. A Twenty-mile les lampes à pétrole, les barbiers à l’antique et les journaux qui arrivent vieux de huit jours.

 

A Twenty-Mile ne vivent plus qu’une famille d’hôteliers : les Bjorkvist, des épiciers : Mr Kane et sa fille Ruth, un maréchal ferrant et son ami noir, couple gay regardé de biais par les autres. Au bout de la rue : Mr Delanny joueur tuberculeux à la tête du bordel. Trois prostituées : une noire balafrée, une vieille chanteuse de cabaret devenue folle, une chinoise terrifiée. Ah ! j’oubliais le palais du rasoir du Pr Murphy et ses trois baignoires dont l’eau sert toujours plusieurs fois. A cela, on ajoute l’ex-soldat à la jambe de bois et le pasteur alcoolique. Voilà toute la population. Ce brimborion d’humanité vit calmement, vivote toute la semaine, plutôt, avant d’être réveillé par un plein wagon de mineurs assoiffés, éreintés mais bien décidés à se donner du bon temps, débarquant le samedi midi pour ne repartir que le lendemain, dimanche, semi-comateux de trop d’alcool, de bagarres et de sexe. Chaque samedi, le train s’arrête, dépose les mineurs puis continue vers la plaine pour y déposer le minerai d’argent arraché pendant la semaine.

 

Twenty-Mile ne vit que par sa proximité avec la mine, sans autre accès que la voie de chemin de fer étroite qui y mène, accrochée de façon périlleuse à la montagne. Loin de tout donc, ce qui semble particulièrement arranger le jeune Matthew, qui débarque un beau jour tentant de façon tout à la fois habile et misérable de se faire une place dans cette communauté peu accueillante. Matthew trimballe tout à la fois avec lui un secret et un fusil antique, aussi lourds l’un que l’autre. Il a un idéal, un grand rêve dans la vie. Ressembler à son modèle, son idéal absolu « Ringo Kid » le sheriff au grand cœur, héros d’albums bon marché.

 

C’est pourtant Matthew qui va trouver la solution à un problème épineux et imprévu. Un fou, évadé de la prison du comté, va en effet monter se cacher au cœur des montagnes et mettre la ville en coupe réglée. Aidés de deux acolytes idiots et cruels, le psychopathe va faire ressortir ce que chacun a de pire… ou de meilleur.

 

Trevanian utilise une encre faite d’évidence et de force humaine brute. Ses paysages, et la nature de chaque individu sont tout aussi sauvages les uns que les autres. Souplesse et crédibilité du tissu narratif, épaisseur des personnages, richesse en péripéties, enchainements imparables. Et le style, oui le style, sec, bien pesé, rien de trop, rapide et efficace, un rythme de folklore western infatigable.Trevanian-.jpg

 

Un western ? Que nenni, une tragédie moderne, ne devant rien à l’antiquité. L’unité d’action et de lieu jouent en faveur de cette interprétation, l’unité du temps aussi, l’essentiel de l’action se déroulant en une semaine.

 

C’est à tort que l’éditeur nous présente Trevanian comme un homme « mystérieux » dont la date et le lieu de décès seraient inconnus. Il n’est qu’à se référer aux pages 906 et 907 du célèbre Dilipo de Claude Mesplède pour tout savoir sur ses pseudos et sa bibliographie. Voici toutefois un inédit en français, et c’est encore une fois un choix intelligent de Gallmeister.

Tag(s) : #critiques

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