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Jo Nesbø, le Léopard

Gallimard, Série Noire, 761 pages

Traduction du Norvégien par Alex Fouillet

 

Sept cent soixante et une pages ! Ne reculant devant aucun effort pour toi, lecteur aimé, je suis allé le peser : neuf cent quatre grammes ! Il y a des choix éditoriaux pesants. On ne lit pas ce roman, on affronte un vrai défi physique.  Il y faut une volonté sans faille, une musculature entretenue dans les salles higt-tech… Rachos, faiblards et malades s’abstenir.

Une mauvaise langue ajouterait que ce nombre impressionnant de pages (on n’est pas loin là de « Guerre et Paix » pour le volume) convient à merveille au rythme immuablement lent des Nordiques.

Ce serait injuste. Car le roman, après des péripéties soutenues, semble se terminer à deux cents pages de la fin, pour redémarrer dans une direction imprévisible, relevant encore d’un cran un suspens déjà diaboliquement mitonné.

 

leopar-nesbo_crop.jpgHarry Hole, héros récurrent de Nesbø, après son affrontement avec « le bonhomme de neige » (sortie récente en folio), est parti cacher sa souffrance et la perte de l’amour loin, très loin de sa Norvège natale. C’est à Hong Kong que la belle Kaja, flic à la brigade criminelle, va le retrouver pour le ramener. Car Hole parait le seul policier capable de faire face à ce qui semble être une nouvelle série de meurtres dans un pays où la chose parait invraisemblable. Harry, plus alcoolique que jamais, est incapable de se passer de son poison sauf à le remplacer par de l’opium. Il est vrai qu’il a affaire à un type diabolique, ou plutôt, et la distinction est de poids, à une série de meurtres diaboliquement mis en scène.

Hong Kong, le Congo, la touffeur exotique répond à un étrange hiver pluvieux et sans neige en Norvège.

Dans des raffinements pervers et raffinés tombent les uns après les autres des femmes, puis un homme, dont le seul point commun est d’avoir fréquenté, une nuit, le même refuge de montagne. Subtilement décrite, la beauté désolée des sommets se heurte d’ailleurs aux descriptions du béton humide des bunkers de l’enfance de Hole.

 

Cette trame simpliste s’enrichit rapidement, foisonnant d’intrigues latérales… qui trouvent toutes, une à une, leur place dans le concert de fin. Il faut un art consommé à Nesbø pour transformer cette énieme quête d’un serial killer en conte cruel.

 

Le style de Nesbø s’affine de roman en roman. Les sauts narratifs nous laissent souvent en plan, au bord, si près de comprendre. Interruption de dialogues, de réflexions intérieures, d’exposés de l’affaire… L’intrigue progresse par alternance de longs déroulés et de sauts brutaux, comme le fait le rêve, associant souvent des éléments disparates dont la signification semble toujours reculer au réveil.

 

À réserver quand même pour une période où l’on dispose de longues plages de lecture : insomnies récurrentes, vacances, longs voyages trans-sibérien. Car la subtilité infusant ces très nombreuses pages, il faut du temps et une cervelle habituée à la gymnastique cruciverbiste pour ne pas perdre le fil.

 

Quand même : ces éditeurs… pourquoi changer « Panserhjerte » soit : « Cœurs blindés » en « Le Léopard » ? Ce léopard, qui certes est un personnage important, mais pas exclusivement déterminant ? Portrait de flic haineux qui se calque à s’y méprendre sur celui d’un caïd. Y aurait-il en France interdiction non dite d’inscrire « Cœur » sur une couverture de polar ? Et alors, et ce magnifique « Les cœurs déchiquetés » de Hervé Le Corre ?

Tag(s) : #critiques

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