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« Irréparable » de Karin Slaugter

Traduit de l’américain par Marianne Audouard

Éditions Grasset, avril 2011

 

irreparable.jpgLa littérature américaine propose trop souvent à mon goût des produits à la Harlan Coben. Ce que d’aucuns pourront considérer comme un indice de qualité, je sais. Et je leur pardonne dans mon immense magnanimité. Des livres qui trop souvent me laissent un goût de regret : tout ça pour ça ? Suspens millimétré, rythme, intrigue super bien ficelée et tout… et même des héros auxquels s’identifier. Et rien. Pouf ! J’oublie le tout à peine la dernière page tournée. Il faut des Lehan, des Jame Lee Burke, des Westlake pour évacuer ce goût de poulet de batterie et passer au bio. Du goûteux, du savoureux, du relevé, où l’épice sait ne pas étouffer le plat principal.

C’est donc une bonne surprise que cet « Irréparable » qui commence en fanfare.

Une bourgeoise, upper class, csp ++ dirait-on chez nous, s’engueule téléphoniquement avec son mari tout en rentrant chez elle. Beau quartier, baraque immense. Mais le carreau de la porte d’entrée a été brisé. Effraction. Très américain, le mari hurle : sa femme doit sortir immédiatement, il appelle la police sur une autre ligne. Une trace de sang en bas des escaliers va pourtant conduire la femme à en monter les degrés, à découvrir une pauvre forme inerte au fond du couloir, et pire, un type couvert de sang, un couteau à la main, encore penché sur ce qui a été la fille de la famille.

Comment la bataille va s’engager et la mère de famille, contre toute attente, tuer l’assassin, comment elle va se retrouver dans l’impossible position de meurtrière, comment sa fille finalement n’est pas celle qu’elle pensait…

En quelque vingt pages, on déguste de beaux retournements qui en présagent bien d’autres dans une enquête qui va de chausse trappes en hésitation, menée par un stupéfiant flic dyslexique, materné par une supérieure sadique.

Les personnages sont attachants, le rythme est soutenu, l’épaisseur psychologique des protagonistes très crédible. On avance avec plaisir dans l’intrigue, qui si elle n’est pas portée par un souffle épique absolument extraordinaire, présente tout de même pas mal d’originalité.

Les retrouvailles du père de la victime et du flic, issus du même orphelinat, dont les destins ont continué à s’écarter dès leur majorité, ne sont pas simples. Entre eux deux, dure une haine qui parait éternelle. « Poubelle » gentil surnom donné au second par le premier, aujourd’hui couvert de fric. Quant à la femme du flic, épouse à temps partiel, elle a dû se faire tout ce que la police de la ville compte de mecs et déteste le ridicule chihuahua, seul objet de tendresse avouée du mari. Et, cerise sur le gâteau, l’enquêtrice qu’on adjoint de force au dyslexique : mère de famille à quatorze ans, travaillée, la trentaine arrivée, par le réveil de ses hormones.

Ce roman-là ne déclenchera pas de passions révolutionnaires, ne changera pas la surface du monde, ne dénoncera rien d’autre que la tristesse de la condition humaine, insistant sur la solitude de chacun dans sa propre peau. Sans autre ambition que de nous faire passer un bon moment, de nous chahuter les méninges subtilement. Ma foi, objectif atteint.

 

Dans le même temps, sortie en poche du même auteur : «  Hors d’atteinte ». Beaucoup plus hors-d-atteinte.jpgétouffant, nourri d’une paranoïa qui n’est pas sans rappeler celle qui a peu à peu envahit Patricia Cornwell –en tout cas son personnage central, Kay Scarpetta-.

Sara Linton, femme pédiatre, se trouve en vacances obligées en raison d’un procès intenté par la famille d’un petit malade décédé d’une leucémie. Mariée à un flic, Jeffrey Tolliver, elle passe son temps à redouter le coup de fil qui lui apprendra que son mari est tombé sur le malfrat de trop et qu’elle se trouve veuve. Or, le flic en question est suffisamment gonflé à la testostérone pour chercher des crosses à qui il ne faudrait pas.

Une fidélité amicale ancienne le lie à son adjointe, Lena, fliquette douée pour se mettre dans les embrouilles, et passablement handicapée question famille. La mort de sa sœur, la toxicomanie de l’oncle qui l’a élevée, la disparition mystérieuse et lointaine de ses parents, un ex petit ami taulard, violent, dangereux … la prédisposent aux ennuis. Ennuis qu’elle ne va pas tarder à avoir. Sara va accompagner son mari dans une tentative pour la tirer karin-slaughter.jpgd’affaire. On retrouve la référence Kay Scarpetta puisque la pédiatre va offrir ses services comme médecin légiste dans le trou paumé de la Georgie du Sud à la chaleur étouffante où le couple est embarqué par une affaire sordide et compliquée.

Ce roman-ci, s’il n’a pas l’originalité du précédent, se laisse lire, le suspens étant bien mené. Sans compter que Karin Slaughter arrive presque à faire croire que finalement tout va s’arranger… Fin en feu d’artifice, et en deux temps, fusée à réaction énergique.

Livre de poche ; traduit de l’américain par Marianne Audouard

Tag(s) : #critiques

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