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Kabukicho
Dominique Sylvain

Editions Viviane Hamy 2017

Le Japon… sortez-vous tout de suite de l’esprit les visions esthétiques : paravents, estampes et autres geisha. Entrez dans l’ère moderne des tours de cinquante étages et plus, des love hôtels, des salarymen exténués.
Si les geishas existent toujours, c’est en robe du soir moulante. Elles sont parfois occidentales, mais occupent toujours la même fonction : rassurer les hommes sur leur intelligence, leur richesse, et parfois aussi sur leur virilité et leur jeunesse. Et que font-elles ces malheureuses, une fois leurs talons aiguilles déchaussés ? Elles vont parfois rencontrer des papillons de nuit d’un autre genre, des jeunes gens qui, payés à l’heure, exercent une fonction peu ou prou identique à la leur : les rassurer sur leur pouvoir de séduction, leur offrir quelques instants l’illusion qu’une vie affective est possible, qu’un véritable intérêt humain leur est porté. Bref, elles transposent leur esclavage, s’en rendant ainsi doublement victime.
Parmi ces professionnels règne une compétition feutrée mais néanmoins féroce. Kate la britannique est la reine de la nuit, tandis que son homologue masculin, Yundai, est japonais. Ils éprouvent l’un envers l’autre une douce amitié, en dehors des sentiers vénaux de leurs professions respectives. La disparition de la jeune femme va attirer l’attention d’un père absent qui débarque au Japon après avoir reçu un étrange message : une image de sa fille apparemment inconsciente.  Sa mise en présence d’un enquêteur de police tokyoïte va permettre de prendre la mesure des différences inconciliables dans les comportements et les modes de relation.
Dominique Sylvain abandonne ici ses personnages récurrents et nous offre une incursion dans le quartier chaud de Tokyo avec ses codes si étrangers à ceux de l’occident. La présence de personnages venus d’ailleurs, confrontés à d’autres règles, permet de mieux les mesurer. Le trait n’est cependant jamais trop appuyé, et on n’est ni devant un thriller lourdaud, malgré le suspens qui irrigue son texte, ni un traité de sociologie. On suit de beaux personnages sensibles et crédibles, les dialogues et les monologues coulent de source.
Le roman a juste le format du long vol pour Tokyo, mais on n’est pas obligé d’attendre le voyage pour le lire.  Il pourrait vous en dispenser si votre objet était de découvrir Kabukicho, le quartier chaud aux lanternes rouges de la tradition.

Tag(s) : #critiques

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