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Article 353 du code pénal
Tanguy Viel

Les éditions de Minuit 2017

De quoi ? De la blanche sur le blog de Jeanne ? Très blanche, j’accorde, la couverture de Article 353… mais alors le contenu, lui, est d’un noir… Ouvrez donc les pages (ou le fichier) avec moi, pour voir de quoi il retourne.
Le Goff, Kermeur, Lazenec… Des patronymes qui fleurent bel et bon la Bretagne.
Le premier est maire d’une bourgade de l’autre côté de la rade de Brest, où vivent nombre de licenciés des arsenaux. Le deuxième est vaguement gardien du château. Disons qu’il entretient le parc et un peu l’immense bâtiment sans affectation en échange de la jouissance de la maison de gardien. Le dernier… ah le dernier… Lazenec est un vendeur de rêve, un brasseur de vent… Un promoteur immobilier qui mène grand train : voiture de luxe, restaurant, casino. Au milieu de ces trois là une maquette, celle du projet mirifique dans lequel tout le monde va finir par mettre ses économies. Transformer un modeste village en station balnéaire… Tout parait possible, raconté avec le bagout de Lazenec.  Et puis en marge, le fils de Kermeur.
On entre dans le roman directement par la scène de meurtre. Sur ce plan là, autant dire qu’il n’y a guère de suspens. Pas la peine de se creuser la cervelle à chercher le coupable. La puissance profonde du roman ne tient pas là.  Mais est-ce vraiment un meurtre ? Kermeur n’a-t-il pas seulement appliqué lui-même une sentence divine ? Et son fils qu’on voit grandir au fil des pages, qu’on accompagne jusqu’à la prison ? Là est le vrai suspens. Car il faut attendre bien longtemps pour voir se bâtir les raisons profondes de la scène inaugurale.
Ecrite sous forme d’un très long monologue, les mots de Viel vont chercher, loin dans l’âme d’un homme simple, les forces qui l’ont fait basculer et l’ont transformé en meurtrier. Kermeur parle à son juge, lui raconte sa vie, depuis le départ de sa femme aux visites de parloir rendues à son fils, de ses rêves d’homme sans histoire à ses hontes de père. De la recherche de sa place dans un monde moderne étranger.
Dans ce contexte là, par l’habileté d’un discours mené finement, de fragments de vérité en petits bouts de révélations, on découvre l’immense malheur que certains peuvent déclencher autour d’eux. Et le gonflement de la vague, et la tectonique des sentiments, quand les tensions lâchent soudain.
J’ai rarement, comme lectrice, apprécié autant la finesse du goutte à goutte, l’élégance simple de l’écriture, la puissance de l’évocation.
Ce roman a fait parler de lui au printemps de cette année. Avant de vous laisser noyer par le torrent de la rentrée, prenez le temps de lire celui-ci. Son intelligence, sa force, sa grande humanité, l’absence d’affectation dans la peinture de la France d’en bas… Article 353… aurait mérité encore davantage de lumière.

 

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