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Zanzara
Paul Colize

Fleuve Noir 2017

Jackasse, vous connaissez ? Il y a un peu de cela dans le mode de vie déréglé de Fred, le héros de Zanzara. Journaliste, travaillant pour la version en ligne d’un grand journal belge, Fred mène le soir, la nuit parfois, une vie étrange. D’une part, il est l’amoureux, passionnément épris, d’une femme mariée avec qui il réalise d’étranges fantasmes, souvent très poétiques. D’autre part, de temps à autre, il prend des risques insensés : se coucher entre les rails sous un  train qui passe, s’électrocuter, prendre des risques toujours plus fous, organisés par son âme damnée, donnant lieu à des paris qui rapportent gros.  Nuits alcoolisées en prime.
Ce personnage dont on pressent la fêlure douloureuse, le passé irréparable, fait bien son travail de journaliste. Au point de foncer sur une étrange info qui va le conduire jusqu’au suicide à moins que ce ne soit un meurtre ? d’un mercenaire, homme taciturne et torturé.
Colize écrit de mieux en mieux. Ses personnages acquièrent de plus en plus d’épaisseur, d’humanité, de texture. Il présente l’immense qualité de ne pas écrire sans cesse le même livre. On se serait sans doute lassé de retrouver encore le modèle de macho cynique et désabusé, parfait dans ses derniers romans. Ici,  son Fred est un écorché capable de prendre les pires risques et l’origine de ce désordre psychologique fait partie de la lente distillation amoureuse du roman. Comment Colize arrive à nous dépeindre l’unique, homme après homme, à en faire un tout, à projeter cette toile sur l’histoire, voilà en effet un art qui n’est pas donné à tout le monde.
À des années lumières des thrillers pseudo américains qui trustent les têtes de gondoles, Paul Colize murit une façon de construire ses romans qui ne renie pas le suspens, et la qualité des personnages n’a rien à envier à celle de l’intrigue.
C’est un excellent roman que ce Zanzara dont on se demande tout du long si la noirceur va vers la nuit ou vers l’aurore… Vivre à fond ou mourir, vivre à fond et mourir, forcément ?

 

Tag(s) : #critiques

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