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Grand manque de respect envers l’immense Marguerite Duras que le titre de cette chronique mais comment mieux dire que Corinne Mariotto, la comédienne, en une heure de spectacle, vous offre la quintessence de la Marguerite mère de famille, compagne, maîtresse de maison, ne laissant apparemment à l’écrivain Duras que l’arrière plan ? Apparemment seulement…

Vous entrez dans la salle et vous trouvez sur scène une femme, belle, que touche à peine une quarantaine solaire,  épluchant ses pommes de terre, considérant les spectateurs avec bienveillance.

Puis, chacun installé, les pommes de terre seront lavées, coupées en morceaux, ce sera le tour des poireaux… Oui, Marguerite, c’est elle dont il s’agit mais c’est elle et toutes les femmes du monde, vous prépare une soupe, car c’est ainsi que font les femmes, les mères, les épouses… elles cuisinent pour ceux qu’elles aiment, elles veillent sur ceux qui dorment sous leur toit. Elles dressent les listes de courses, elles se préoccupent des stocks. Chez Duras, ces tâches essentielles considérées au-delà de leur humilité se parent de lumière chatoyante, se trouvent magnifiées par son regard aigu bien qu’indulgent, élevées au rang d’art par son fantastique talent d’écriture. Messieurs, attendez vous à quelques égratignures, mais infligées avec tant de tendresse qu’elles ne piqueront presque pas. Mesdames, vous rirez, puis vous soupirerez, puis vous soupirerez derechef, émue de tant d’universalité.

Corine Mariotto a un jour rencontré Duras comme on rencontre son reflet dans la glace. En se reconnaissant d’office sans même s’examiner. S’appuyant sur La cuisine de Marguerite un ensemble de notes de cuisine et de recettes, et sur La Vie Matérielle, recueil d’entretiens, son spectacle est un petit bijou de finesse, à la scénographie compacte et néanmoins déliée. Les mots, le regard acéré de Marguerite Duras, son immense  humanité se trouve condensés dans quelques décilitres de soupes confectionnée avec talent, celui mis par la comédienne à incarner l’éternel féminin. Pas celui des magazines sur les pages desquelles s’étiolent des mannequins boudeurs. Des vraies femmes, qui mettent une blouse pour faire la cuisine ou le ménage, et comptent bizarrement : 1 c’est 0. Si tu n’as pas 2, 2 paquets de sel ou de farine, celui que tu utilises et celui qui attend, tu n’as rien.

À la fin, faut-il le dévoiler, la comédienne offre sa soupe à son public. Et c’est avec bonheur qu’on reçoit de ses mains la soupe aux poireaux pommes de terre, délicieuse, cela va de soi ?

 

https://jeanneetcompagnies.jimdo.com/compagnie-de-la-dame/la-cuisine-de-marguerite/

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