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La Tête de l’Anglaise
Pierre d’Ovidio

Jigal Polar 2016

L’Anglaise, c’est une vraie. Une anglaise souriante, toute jeune retraitée, qui invite son voisin à prendre le thé quand elle entame avec son mari les travaux de rénovation de sa ferme achetée en France.
Tout commence avec un fait divers du genre de ceux auxquels vous ne prêtez qu’une oreille distraite entre liste de courses et embouteillage. Une joggeuse a disparu, la gendarmerie et la population locales, mobilisées, la recherchent sans succès depuis vingt-quatre heures.
Vous le pressentez, c’est sous forme de cadavre qu’on retrouvera la pauvre. Les femmes devraient-elles arrêter de faire du jogging ? Ici, c’est sous forme de morceaux de cadavre que la pauvre fait sa réappartition…
On est dans la France profonde. Les paysans sont un peu rustres, peu habitués aux mondanités. La télé s’en régale qui présente une campagne de carte postale, des fleurs fanées au pied d’un arbre, lieu du crime transformé en mémorial, au bord de la route, et des autochtones effarés s’exprimant face caméra avec l’accent du terroir.
Au bout du chemin de terre, une ferme. Dans la ferme, un homme seul, amer, qui a survécu à la sauvagerie de son père, qui a tant apprécié sa guerre d’Algérie. Qui a survécu à la noyade d’un frère, au départ d’une femme déçue par son mutisme, à la solitude dans une ferme condamnée.
Ce roman, c’est son témoignage. Entre aveux, provocations, refus de responsabilité, retour sur ses déclarations, déballages infâmes, Joël tente de dire sa vérité. Et le lecteur trempe dans une atmosphère qui ne peut le laisser indifférent.

L’écriture ne fait ni dans le grandiloquent, ni dans le délibérément obscur. Joël s’exprime, est décrit, avec une simplicité efficace, terriblement crédible. Il faudra aller jusqu’au bout pour comprendre tout de l’obscurité de son âme, entretenue par l’indifférence du public qui considère que chacun est roi chez soi.
On ne se mêle pas des affaires des autres…
Après Témoins de Pierre, (Simon Beckett – éditions Piranha 2016) après Grossir le Ciel,(Franck Bouysse – la Manufacture de Livres 2016) une nouvelle vision romanesque, noire et dure, de la condition paysanne française, déchirée entre la modernité et la cruauté d’une classe habituée à vivre de peu. Le Polar Rural est en train de naître comme genre, pour notre plus grand plaisir de lecteur.
 

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