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Swastika Night
Katharine Burdekin
traduite par Anne-Sylvie Homassel
Editions Piranha / collection Incertain Futur 2016


Ah, quel étrange roman…
Swastika Night empreinte la forme connue de l’uchronie. Si vous en êtes familier, rien ne pourra vous étonner ; toutefois la forme particulière choisie par Katharine Burdekin pour raconter l’état du monde vers 2 600 vous donnera-t-elle à penser. Dans le cas contraire, vous aurez à ajuster votre mode de lecture avant de vous faire une idée du paysage. Uchronie ou histoire alternative à celle que nous avons connue, comme s’il y avait eu un déraillement ayant tout changé au futur. Il faut donc accepter de se laisser perturber pour saisir le sel de l’ouvrage. Il me semble que l’on touche ici à une des fonctions essentielles de la littérature (ça y est, les gros mots sont lâchés). Secouer les méninges du lecteur.

Alfred est un Anglais d’une trentaine d’année qui, bien qu’ayant cessé de croire au Dieu Hitler, vient en pèlerinage sur les lieux sacrés de la religion dominant la moitié du monde. Près de Munich, il retrouve Hermann, un jeune nazi ami. Bien que les deux amis appartiennent, l’un à la race supérieure pour Hermann, l’autre aux classes inférieures en ce qui concerne Alfred, ils vont ensemble vivre une extraordinaire aventure intellectuelle sous la houlette du chevalier von Hess. À une époque où plus aucun livre n’existe à part la Bible Hitler, où les rares tribus de chrétiens mènent une vie de paria, la découverte d’un livre ancien qui remet en cause tous les dogmes soutenant l’empire nazi en péril représente une extraordinaire aventure intellectuelle, certes, mais comporte aussi de nombreux risques.
Dans ce futur alternatif, reposant sur le principe de la victoire nazie, l’on traite les femmes comme des animaux en cage, destinés exclusivement à la reproduction. Les arts sont morts, le paysage intellectuel transformé en cimetière poussiéreux. Une toute petite, petite flamme survit dans l’esprit de quelques uns : autre chose de mieux serait possible, autre chose de mieux a existé.
Alors certes, la forme empruntée, de discours plus que d’action, donne naissance à un roman bavard. Mais l’idée qu’il a été écrit en 1937, et qu’il arrive en France pour la première fois, à une période troublée dans laquelle la culture a bien du mal dans sa lutte face aux idéologies de tous poils, ne peut pas laisser indifférent.
Pour la curiosité, pour la question, pour le vertige subtil, voici un roman qui mérite tout votre intérêt.

 

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