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Les Témoins de Pierre
Simon Beckett
traduit par Isabelle Maillet
Piranha noir 2016

Canicule, quelque part dans les Cévennes, sous les châtaigneraies qui couvrent les collines. Sean, un jeune Anglais, fuyant on ne sait quoi, si ce n’est que c’est dramatique, roule pour oublier, jusqu’aux dernières gouttes du réservoir. Au bout du chemin, il tombe au propre comme au figuré dans un piège posé par un paysan paranoïaque et violent.
Une ferme, plus qu’isolée : défendue par des barbelés et des pièges à sanglier. Ses bâtiments tombant en ruine. Des vignobles produisant une infâme piquette. Des châtaigniers à perte de vue. Et dans un coin de bois, des statues étrangement alignées, un peu inquiétantes. Qu’ont-elles vu qui justifie le quasi enfermement des deux filles du fermier ? Et pourquoi cette haine des habitants du village ?

Ce que découvre Sean va changer sa vie à jamais. Le fermier, ses deux filles, un bébé dont le père a disparu. Un ouvrier mutique qui n’aime que les animaux qu’il soigne. Des silences ou des cris.
L’Anglais reste dans la ferme pendant sa convalescence, pas pressé de se plaindre aux pandores français pour bien des raisons, dans lesquels entre un peu la fascination pour Mathilde, l’ainée si lasse et si triste.
C’est rural, sauvage, et l’étouffement de l’été implacable se sent à chaque page. Becket distille les avancées de la découverte à petites doses : rien d’un thriller mécanique bien monté. Tout est dans l’ambiance étouffante, dans le non dit. La construction oscille entre les températures frénétiques de l’été du sud et des flashes back londoniens froids et humides. Les personnages ont une épaisseur tissée de silences, de folie, qui ne va qu’en grandissant au fur et à mesure qu’on avance dans l’intrigue. Les animaux tiennent une place importante : la jeune chienne un peu follette, les sanglochons –hybrides de sanglier et de cochon- dont le mâle est un tueur patenté. Les mouches, les guêpes, la lourdeur des orages qui ne viennent pas et énervent tout le monde, la peur qui suinte de la peau comme une sueur malsaine…
Ces témoins de pierre, plantés au bord de la clairière révéleront-ils finalement leur secret : rien de moins sur, mais qui sait ?
Parfois un étranger avoue son amour d’un pays qui n’est pas le sien dans des lignes exceptionnelles. Étonnante compréhension de nos contrées. Beckett est de ceux-ci, totalement bluffant.
Décidément, Piranha continue son exploration du continent européen, et jusqu’à présent, il n’y a guère eu à jeter… Les lecteurs  qui ont aimé Grossir le Ciel de Franck Bouysse (La Manufacture puis Livre de Poche) retrouveront un peu l’âme de ses lignes dans ce roman. Et c’est un compliment pas petit !

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