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La Fille du Train
Paula Hawkins
traduite par Corinne Daniellot
Pocket 2016 Sonatine 2015

« Nous sommes tous des voyeurs… »C’est la première phrase du roman. Indiscutable. Il n’y a qu’à rester coincé dans un bouchon alors que l’accident s’est produit de l’autre côté de l’autoroute pour confirmer…
Rachel a possédé une belle maison, occupé un job qu’elle appréciait,  vivant auprès d’un mari qu’elle aimait. Au début du roman, elle a tout perdu. Mais elle continue de prendre le train comme si de rien n’était, suivant le mouvement pendulaire des banlieusards vers Londres le matin, retour dans sa coloc le soir. Et entre les deux, et puis ensuite, jusqu’à tomber, elle boit. Elle a été jeune, belle, heureuse. Elle est bouffie, alcoolique et dans la dèche. Désespérée forcément. Chaque matin à l’aller, chaque soir au retour, elle passe devant la maison témoin de son bonheur abandonné, toujours occupée par le mari. Sa nouvelle épouse son couve futur bébé au soleil, dans son jardin donnant sur la voie. Une douleur insupportable pour Rachel et sa stérilité, une addiction de plus. Elle s’en console en admirant ceux qui auraient été ses nouveaux voisins, trois maisons plus loin. Elle fantasme sur leur vie. Leur donne des noms, les imagine baignant dans le bonheur.
Rachel,  femme désespérée, profondément dépendante de l’alcool, va trouver en quelque sorte sa rédemption en se plongeant toujours plus dans ses souvenirs et ses obsessions. Et puis un soir, presque ivre morte,  elle s’approche des maisons, trop près, beaucoup trop près. Le lendemain, ne lui restent que des souvenirs confus de cris, de violence, et une blessure à la tête qu’elle ne s’explique pas.
Impossible d’en dire plus sur le thème sans dévoiler le ressort, et les lecteurs de thriller détestent qu’on en dise trop sur l’intrigue.
Ce que l’on peut dire c’est qu’il y a des pages poignantes sur le désespoir du ventre vide, sur le désamour. La presque folie dans laquelle peut laisser l’abandon. La pauvre petite lueur qui vit encore en Rachel refuse de s’éteindre, ses trous de mémoire la rongent. Le chemin pour se retrouver, pour s’en sortir passe par un sevrage dont on mesure alors l’infinie difficulté.
Certes, c’est anglais. Mais c’est universel, et pour un premier roman Paula Hawkins plonge son lecteur dans les tréfonds de l’âme humaine sans beaucoup de ménagement.
Ce roman semble rencontrer un succès tel qu’il va prochainement passer à l’écran. Je ne sais comment le scénariste va se dépatouiller de sa construction invraisemblablement difficile. la bande-annonce est ici .
C’est bien le seul reproche que je fais au récit de cette rédemption douloureuse. Il m’a fallu, pour ma part,  un crayon et prendre des notes dans un tableau pour comprendre à quel moment du récit se situaient les différents chapitres. Un conseil, ne ratez pas les dates.
Trois femmes, Rachel, Megan, son fantasme de perfection conjugale, et Anna, sa remplaçante auprès du mari volage. Et trois périodes très différentes. Ne pas se laisser perdre. Mais une fois cette difficulté dépassée, vous découvrirez l’infinie perversité de l’auteur et de ses personnages…

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