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La grande  tradition américaine

Red Fury
George Pelecan
os traduit par Denis Beneich
Livre de poche 2016 (Calmann-Levy 2015 pour la traduction française)


Washington 1972. Les hommes portent des pattes d’eph’ et des chemises en nylon « col pelle à tarte » ouverte sur les pectoraux. Les noirs écoutent de la soul et accèdent péniblement à la classe moyenne tandis qu’une grande majorité d’entre eux vivotent entre picole pour les hommes et boulots miteux pour les femmes. L’un d’entre eux flamboie cependant, ayant fait le choix d’une entrée fracassante dans le crime. No future ! est déjà présent dans les esprits. Mieux vaut mourir vite, ayant écrit sa légende que trainer une existence terne et sans relief. Ainsi en va-t-il de Red Jones et de sa poupée, son amoureuse, Coco, tenancière d’un claque et dont le nom figure fièrement sur les plaques de son coupé rouge. Sa Plymouth Fury version GT sport à phares escamotables, moteur V8 7,2 litres et carbu quatre corps. Autant les cols pelle à tarte, je visualise bien, autant le carbu quatre corps me laisse perplexe. Entre les détails vestimentaires à répétition, les références musicales détaillées sur les éditions des chansons qui passent à la radio et les détails mécaniques automobiles, la peinture parait parfois un petit peu épaisse. Pelecanos n rajoute sans doute afin que nous n’oublions jamais qu’il s’agit bel et bien des années 70.
Vaughn, le Molosse, flic blanc aux dents tordus et Strange, ex flic black devenu détective privé sont à la poursuite de Red Fury, le nom de rue de Jones. Il y aura des filles, de la dope, de la bibine et des coups de feu.
Déjà vu ? Non, car c’est du Pelecanos : portraits, dialogues, atmosphère… ses seventies ont un gout inimitable, persistant, et les ombres de ses personnages pourraient bien accompagner vos nuits. Les méchants sont affreux, les bons… il n’y en guère, car Pelecanos sait mieux que personne faire vivre sous sa plume des hommes pétris d’imperfections malgré les bonnes intentions.
Les dialogues lassent dessine le flou qu’il faut pour que le lecteur se glisse dans la fumée de cigarettes, accoudé au bar, écoutant les hommes qui marmonnent leurs souvenirs.
Tout le roman est un long flash back linéaire, de belle facture, qui fleure bon les hard boiled, porteur d’un long héritage. Un roman dans la grande tradition américaine.

Tag(s) : #critiques

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